Burkina Faso : quatre ans de pouvoir, ce que cachent les discours officiels

Burkina Faso : quatre ans de pouvoir, ce que cachent les discours officiels
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Un bilan national jugé à l’aune des vies brisées

Quatre années après l’accession au pouvoir d’Ibrahim Traoré, le régime met en avant des avancées opérationnelles, économiques et sécuritaires. Mais face à cette narration officielle, une réalité crue s’impose : celle de plus de deux millions de Burkinabè déplacés et de familles contraintes à l’exil. Comment concilier ces chiffres avec l’image d’un pays en voie de stabilisation ?

La crise des déplacés : un échec humain massif

En 2025, le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies recensait 2 062 534 déplacés internes au Burkina Faso. Ce chiffre, déjà alarmant, s’accompagne d’un phénomène tout aussi préoccupant : l’exil vers les pays voisins. La Côte d’Ivoire accueillait, en juin 2026, près de 82 000 réfugiés burkinabè, symboles d’un échec collectif à protéger les populations.

Ces chiffres ne reflètent pas seulement des statistiques. Ils représentent des vies brisées : des agriculteurs privés de leurs terres, des enfants privés d’éducation, des familles séparées. Une « zone reconquise » ne signifie rien si ceux qui l’habitent ne peuvent y vivre décemment. La sécurité ne se décrète pas ; elle se vit au quotidien.

Des réalités trop souvent ignorées dans les discours officiels

Les récits de ces déplacés, que j’ai pu recueillir dans des camps ivoiriens, racontent une autre histoire. Celle d’un peuple ayant perdu jusqu’à l’espoir de rentrer chez lui. Comment justifier, dès lors, l’optimisme affiché dans les bilans gouvernementaux ?

Liberté d’expression : un espace restreint sous surveillance

Le respect des droits fondamentaux, y compris la liberté de critique, constitue un autre critère essentiel pour évaluer un bilan. Les organisations internationales ont documenté des restrictions ciblant journalistes, défenseurs des droits humains et société civile. Plus de 100 associations dissoutes, des voix muselées : ces mesures interrogent sur la nature de la « reconquête » revendiquée par le pouvoir.

Critiquer un gouvernement n’est pas trahir son pays. C’est exercer un droit démocratique fondamental. Un État digne de ce nom ne devrait jamais confondre sécurité nationale et silence imposé.

Au-delà des discours, une question de responsabilité

Ibrahim Traoré peut mettre en avant des investissements ou des avancées sécuritaires. Ces éléments méritent analyse. Mais le vrai bilan se mesure à l’aune des vies préservées ou sacrifiées. Combien de Burkinabè vivent encore chez eux sans crainte ? Combien ont dû fuir ? Combien osent encore questionner les choix politiques ?

Ces interrogations dépassent les annonces officielles. Elles engagent l’avenir même du pays. Un pouvoir digne de ce nom ne devrait jamais craindre l’examen critique. Il devrait, au contraire, s’en nourrir pour progresser.

Le défi d’une reconstruction durable

La sécurité ne se résume pas à la présence de l’armée sur un territoire. Elle exige des conditions de vie décentes : accès aux soins, à l’éducation, à la terre. Une reconquête militaire sans retour des populations est une victoire à moitié achevée. La véritable victoire consistera le jour où chaque Burkinabè pourra enfin rentrer chez lui en paix.

Quatre ans plus tard, le bilan reste donc incomplet. Il le sera tant que les chiffres ne parleront pas uniquement au service des puissants, mais aussi au service de ceux qui en paient le prix.

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Fanta Ouattara

Éditorialiste