La CAN reste-t-elle le pilier incontournable du football africain malgré les réformes audacieuses de la CAF ? La réponse est non : après moins d’un an d’expérimentation, le projet de passer à une périodicité quadriennale a été abandonné. Retour sur un revirement stratégique qui interroge les équilibres économiques et sportifs du continent.
Le grand écart de la CAF : entre ambition et réalisme économique
Le 29 octobre 2026, le Comité exécutif de la CAF actait à l’unanimité le retour au format biennal de la Coupe d’Afrique des nations. Une décision qui met fin à une réforme annoncée en décembre 2025 par Patrice Motsepe, alors président de l’instance, visant à étaler les éditions de la CAN tous les quatre ans à partir de 2028.
L’objectif affiché ? Libérer du temps dans le calendrier international pour les clubs et les sélections, tout en structurant une nouvelle compétition phare : la Ligue des Nations africaine. Mais cette ambition s’est heurtée à une réalité implacable : le football africain ne peut se permettre de sacrifier sa principale source de revenus sans garantie de remplacement immédiat.
La can, un moteur financier trop puissant pour être remplacé
Le modèle économique de la CAF repose en grande partie sur les retombées de la CAN. Sponsors, diffuseurs, partenaires commerciaux et supporters : la compétition attire des millions d’euros chaque édition. Réduire sa fréquence, c’était prendre le risque de fragiliser les finances de l’instance continentale.
La Ligue des Nations africaine était présentée comme la solution miracle pour combler ce vide. Pourtant, sa rentabilité à court terme restait incertaine. Dans son communiqué du 29 octobre, la CAF reconnaissait explicitement que plusieurs années seraient nécessaires avant que cette nouvelle compétition ne génère des ressources comparables à celles de la CAN. Un pari trop risqué pour un football africain déjà sous tension.
Des fédérations africaines en première ligne
Derrière la décision de la CAF se cachent aussi les intérêts des 54 fédérations membres. Pour beaucoup, la CAN représente une source vitale de financement : organisation des championnats, formation des jeunes talents, infrastructures… Espacer le tournoi sans alternative solide aurait pu plonger certaines associations dans une crise financière.
Patrice Motsepe a d’ailleurs justifié le revirement par la nécessité de protéger ces équilibres. Un argument de poids, alors que le football africain cherche à concilier les exigences des clubs européens et les besoins de développement local.
La ligue des nations africaine : un projet encore en quête de légitimité
La CAF avait misé sur la Ligue des Nations pour succéder à la CAN en tant que compétition phare du continent. Mais créer une nouvelle compétition de zéro relève du défi. Pour séduire sponsors et diffuseurs, elle doit non seulement prouver sa qualité sportive, mais aussi construire une identité forte.
Or, dans un calendrier international déjà saturé, la Ligue des Nations peine à trouver sa place. Son lancement dans un format bisannuel, comme prévu, ne suffira pas à combler le manque à gagner créé par l’espacement de la CAN. La CAF a sous-estimé le temps nécessaire pour qu’une nouvelle compétition s’impose dans l’esprit des supporters et des partenaires.
Un calendrier révisé : la can retrouve sa place, mais pour combien de temps ?
La CAF a désormais adopté un calendrier hybride : la CAN se tiendra en 2027, 2028, puis en 2031 et 2033, évitant ainsi d’entrer en conflit avec la Coupe du monde 2030. Une solution pragmatique, mais qui laisse planer des questions sur la capacité de l’instance à concilier les attentes de tous ses acteurs.
Ce retour au format biennal n’est pas une victoire en soi. Il révèle surtout une vérité de marché : la CAN, avec son histoire et son audience, reste irremplaçable. Tant que la CAF n’aura pas construit une alternative économiquement viable, elle devra composer avec ce rythme, coûte que coûte.
Football africain : quel avenir après ce revirement ?
- Stabilité économique : La CAF mise sur la CAN comme source de revenus immédiate, au détriment d’une réforme ambitieuse mais risquée.
- Modernisation nécessaire : Le retour à deux ans ne dispense pas l’instance de repenser l’organisation de la compétition, notamment pour éviter les chevauchements avec d’autres rendez-vous majeurs.
- Opportunité pour la ligue des nations : La nouvelle compétition a désormais le temps de se construire, sans pression excessive sur son modèle économique.
En définitive, la CAF a choisi la prudence face à l’incertitude. Mais ce retour au format biennal n’est qu’une étape. L’enjeu désormais ? Moderniser la CAN, renforcer son attractivité et préparer, peut-être à plus long terme, une transition vers une nouvelle organisation du football africain. Une chose est sûre : le continent ne peut se permettre de perdre son rendez-vous phare.