La menace formulée par Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et figure dominante du parti majoritaire, a déclenché un vent de panique sur les marchés obligataires sénégalais. En annonçant publiquement son intention de rejeter le budget rectificatif 2026 et le projet de loi de finances 2027, il a précipité les investisseurs vers la sortie. Les obligations souveraines en dollars ont ainsi enregistré leur plus forte chute depuis début septembre, selon les données des marchés secondaires.
Une majorité parlementaire qui se retourne contre l’exécutif
Le scénario est inédit : ce n’est pas l’opposition qui fragilise la trajectoire financière du gouvernement, mais bien le président du Parlement lui-même. Ousmane Sonko, ancien Premier ministre et dirigeant de Pastef, dispose d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Son opposition frontale aux coupes budgétaires proposées par le président Bassirou Diomaye Faye crée un blocage institutionnel rare, mettant en difficulté la cohérence des réformes économiques.
Les ministères ciblés par les réductions de dépenses représentent des piliers du contrat social sénégalais : Éducation nationale, Famille et Solidarité, Formation professionnelle. À cela s’ajoute la remise en cause des subventions sur des produits de première nécessité, comme l’électricité ou les hydrocarbures, un dossier ultrasensible dans un pays où le prix du pain reste un enjeu politique majeur.
« On observe des baisses significatives sur les budgets de l’Éducation nationale, de la Famille et de la Solidarité, ainsi que de la Formation professionnelle », a souligné Ousmane Sonko. Il critique également le plan d’ajustement structurel, qu’il lie directement aux négociations en cours avec le Fonds monétaire international.
FMI et G20 : les négociations en suspens
Depuis 2024, le Sénégal est engagé dans des discussions complexes avec le FMI et le cadre commun du G20 pour restructurer sa dette souveraine. Un accord technique a été trouvé avec l’institution de Bretton Woods, une étape clé avant une validation par le conseil d’administration et le déblocage de fonds. Pourtant, la position d’Ousmane Sonko menace désormais la crédibilité de ces négociations.
« Le Sénégal ne peut être le cobaye d’une initiative du G20 », a-t-il déclaré. Il remet en cause la légitimité de la dette à restructurer, qu’il qualifie d’« empruntée sans l’aval du Parlement ». Cette posture crée une instabilité politique et financière, avec deux conséquences immédiates : une hausse de la prime de risque pour les eurobonds sénégalais et un possible retard dans l’octroi de financements concessionnels.
Le calendrier est d’autant plus serré que le pays doit faire face, à partir de 2025-2026, à des remboursements massifs et à l’exploitation prochaine du champ gazier Grand Tortue Ahmeyim.
Mouvements sociaux et tensions politiques croissantes
La fronde parlementaire s’accompagne d’une mobilisation sociale. Les syndicats ont appelé à une grève de 72 heures à partir du 21 octobre, paralysant l’administration et une partie du secteur formel. Cette convergence entre opposition parlementaire et protestations citoyennes fragilise davantage la position du président Diomaye Faye, dont le camp politique se fissure face à des réformes impopulaires.
Ousmane Sonko a tenté de se dédouaner : « Nous ne cherchons pas à bloquer, mais si blocage il y a, il sera de la responsabilité exclusive de l’exécutif ». Une phrase qui, loin de rassurer, laisse entrevoir un conflit prolongé entre le palais présidentiel et le perchoir, un scénario que les investisseurs n’avaient pas anticipé pour la dette souveraine ouest-africaine.