Libreville – Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a échangé avec la présidente du Sénat, Huguette Nyana Ekoume, épouse Awori Onanga, pour faire avancer la décentralisation. L’enjeu est simple : transférer aux collectivités locales des compétences et les moyens de les exercer. Sans cela, la réforme risque de n’être qu’un leurre.
La décentralisation vise à rapprocher l’action publique des citoyens, en permettant aux territoires de gérer eux-mêmes leurs priorités. Pourtant, son succès repose sur un équilibre fragile : compétences, financements et capacités administratives doivent évoluer en parallèle. Au Gabon, cette adéquation reste à construire.
La rencontre entre le chef de l’État et la présidente du Sénat s’inscrit dans cette dynamique. Huguette Nyana Ekoume y a présenté les actions du Sénat pour soutenir le processus, tout en soulignant les obstacles persistants : manque de ressources, lacunes administratives et retard dans la mise en œuvre.
L’exécutif affiche une volonté claire : accélérer. Mais pour que cette impulsion se traduise par des résultats concrets, les mécanismes doivent suivre.
Compétences transférées : et les moyens dans tout ça ?
Confier de nouvelles missions aux communes et provinces ne suffit pas. Pour qu’elles deviennent autonomes, il leur faut des équipes compétentes, des budgets prévisibles et une réelle capacité décisionnelle. Sans ces conditions, la décentralisation ne fera que déplacer les responsabilités sans briser les dépendances.
Les discussions ont donc porté sur le renforcement des collectivités, afin qu’elles puissent assumer pleinement leurs nouvelles attribution. Cela implique aussi de clarifier les rôles de l’État et des territoires pour éviter les chevauchements, les lenteurs et les blocages financiers.
La réforme ne se limite pas à un changement institutionnel. Elle exige une refonte de la gestion des ressources publiques, de leur répartition et de leur utilisation au service des populations.
Le Sénat en première ligne pour évaluer le terrain
Pour adapter la décentralisation aux réalités locales, Huguette Nyana Ekoume a proposé des missions de terrain pour les sénateurs. Objectif : mesurer les contraintes des collectivités, identifier les difficultés administratives et financières, et évaluer leur capacité à assumer leurs nouvelles missions.
Ces déplacements pourraient enrichir le débat en apportant une vision concrète des besoins spécifiques — qu’il s’agisse d’une commune rurale, d’une ville en expansion ou d’une collectivité aux ressources limitées. Leur efficacité dépendra cependant de la rigueur des observations et de la capacité à en tirer des actions.
La formation des agents territoriaux constitue un autre levier. Domaines prioritaires : administration locale, fiscalité, recouvrement des recettes et gestion budgétaire. Des compétences essentielles pour renforcer l’autonomie financière des collectivités.
Mais la montée en compétences ne sera utile que si les outils et procédures adaptés suivent. Sans moyens concrets, les connaissances acquises resteront lettre morte.
Autonomie locale : le défi de la gouvernance efficace
La décentralisation pose une question centrale : comment garantir que les ressources transférées profitent réellement aux citoyens ? Pour y répondre, les collectivités doivent devenir de véritables acteurs de leur développement, avec une gestion transparente, des élus responsables et des priorités alignées sur les besoins locaux.
L’autonomie financière est un pilier. Renforcer les recettes propres permettrait aux territoires de réduire leur dépendance et de financer davantage de projets. Mais toutes les collectivités n’ont pas le même potentiel fiscal. Une décentralisation efficace devra donc intégrer ces disparités pour éviter de pénaliser les territoires les moins dotés.
L’État conserve un rôle clé : organiser les transferts, accompagner les administrations locales et assurer une répartition équitable des ressources. En parallèle, un système de contrôle et d’évaluation sera nécessaire pour suivre l’utilisation des fonds publics.
La rencontre du 23 octobre marque une nouvelle étape. Pourtant, le succès de la réforme ne se mesurera pas aux compétences transférées ou aux annonces politiques. Il se jugera à l’aune de la capacité des territoires à financer leurs projets, améliorer les services publics et répondre aux attentes des citoyens. Le vrai changement interviendra lorsque les collectivités auront à la fois les responsabilités et les moyens de les assumer.