Le Niger fait face à un dilemme économique sans précédent dans le secteur des hydrocarbures. La SONIDEP, pilier de l’approvisionnement national en carburant, accumule une dette colossale de 418 milliards de FCFA envers la SORAZ. Une situation qui interroge : ce gouffre financier condamne-t-il l’opérateur national à une faillite annoncée ?
Une dette record qui fragilise l’équilibre du marché nigérien
Depuis plusieurs mois, le paysage énergétique nigérien se dégrade sous l’effet d’une dette record. Alors que la SONIDEP affichait des impayés maîtrisés (entre 40 et 50 milliards de FCFA) avant 2023, l’ardoise a connu une hausse vertigineuse, dépassant désormais les 418 milliards de francs CFA. Ce montant astronomique menace non seulement la pérennité de la société, mais aussi la disponibilité des carburants pour les ménages et les entreprises.
Plusieurs facteurs expliquent cette spirale infernale : les retards de paiement des grands comptes publics, la rigidité des mécanismes de prix administrés et une demande intérieure en constante augmentation. Résultat : la SONIDEP peine à honorer ses engagements, tandis que la SORAZ, raffinerie stratégique, se retrouve asphyxiée par l’absence de liquidités.
SORAZ : une raffinerie au bord de l’asphyxie
Pour la SORAZ, coentreprise entre l’État nigérien et le groupe chinois CNPC, cette créance impayée représente un risque opérationnel majeur. Sans recouvrement rapide, la société ne peut plus assurer le paiement des salaires, des sous-traitants ou des opérations de maintenance indispensables au bon fonctionnement de ses installations. Les conséquences se font déjà sentir : réduction des quotas de carburant, tensions logistiques et parfois des ruptures d’approvisionnement dans certaines stations-service.
Les premiers signes de cette crise se manifestent par des files d’attente prolongées aux pompes et une instabilité des prix, malgré les mécanismes de régulation en place. Une situation qui pèse lourdement sur l’économie nationale et la confiance des consommateurs.
Quelles solutions pour éviter l’implosion du secteur ?
Face à l’urgence, les autorités et les dirigeants des deux sociétés explorent des pistes pour désamorcer la bombe financière. Plusieurs axes sont envisagés :
- Un plan d’apurement progressif : Un échéancier strict serait mis en place pour rembourser la dette via les enlèvements quotidiens de carburant, permettant une sortie de crise étalée dans le temps.
- Des mécanismes de compensation par l’État : Des accords tripartites pourraient être signés pour éponger une partie de la dette en s’appuyant sur les créances croisées du Trésor public.
- Un audit complet des recettes : Une refonte du circuit de collecte des ventes au détail est envisagée pour prioriser le paiement direct de la facture d’approvisionnement à la SORAZ.
Cependant, ces mesures suffiront-elles à éviter un effondrement du système ? Le temps presse, car chaque jour de retard aggrave la crise et menace la souveraineté énergétique du Niger.
Un enjeu bien au-delà des chiffres
Au-delà des aspects financiers, cette crise révèle des défis structurels pour le secteur pétrolier nigérien. La SONIDEP et la SORAZ incarnent deux rouages essentiels de l’économie nationale, mais leur survie dépend aujourd’hui de décisions rapides et audacieuses. Sans une restructuration profonde et une réforme des mécanismes de paiement, le risque est réel : voir le marché du carburant basculer dans le chaos, avec des répercussions en cascade sur toute l’activité économique.