Devise commune AES : Traoré entretient le flou, aucun calendrier dévoilé
Le dossier d’une monnaie propre à l’Alliance des États du Sahel (AES) demeure en suspens. Interrogé sur le sujet, le président burkinabè Ibrahim Traoré n’a fixé aucune échéance, se contentant d’indiquer que les travaux se poursuivent.
Face aux journalistes, le chef de l’État burkinabè a été invité à s’exprimer sur la construction progressive d’institutions communes entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Alors que les coopérations militaire, diplomatique et financière ont enregistré des avancées notables, la création d’une devise propre aux trois pays reste l’un des chantiers les plus délicats.
Interrogé sur l’imminence d’une monnaie de l’AES, Ibrahim Traoré n’a annoncé ni date, ni nom, ni mécanisme de lancement. Il a simplement appelé à suivre les développements à venir.
À ce stade, aucun des trois États n’a rendu public un calendrier officiel détaillant une sortie du franc CFA, une période de transition ou les modalités de création d’une banque centrale commune. Les informations circulant sur les réseaux sociaux au sujet de billets déjà imprimés ou d’une mise en circulation imminente doivent donc être accueillies avec prudence.
Les autorités de l’espace AES ont d’ailleurs démenti plusieurs annonces attribuant à la Confédération des décisions monétaires qui n’avaient pas été officiellement adoptées.
La souveraineté monétaire demeure un objectif politique
Si Ibrahim Traoré n’a pas donné de calendrier, il ne ferme pas pour autant la porte à une monnaie propre. Le président burkinabè a déjà présenté à plusieurs reprises la souveraineté économique et financière comme l’un des prolongements de la coopération engagée avec le Mali et le Niger. Dans cette logique, la question monétaire dépasse la simple création de billets, car elle implique notamment la gestion des réserves, la politique de change, le financement des économies et la stabilité des prix.
Une éventuelle sortie du système actuel nécessiterait également des institutions capables de conduire une politique monétaire commune et d’assurer la confiance dans la nouvelle devise. L’AES a déjà commencé à développer certains instruments financiers communs, notamment à travers des mécanismes destinés à soutenir les investissements et les projets structurants des trois États.
Ces dispositifs peuvent être considérés comme des éléments d’une intégration économique plus large, sans constituer pour autant la preuve qu’une monnaie commune est prête à être lancée. Le passage à une devise propre représenterait une étape beaucoup plus complexe, avec des conséquences sur les banques, les entreprises, les échanges transfrontaliers, les contrats, l’épargne et les finances publiques.
Pour le moment, les trois pays continuent d’utiliser le franc CFA de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Aucune décision officielle n’a été rendue publique concernant une date de retrait, un taux de conversion vers une éventuelle nouvelle monnaie ou une période pendant laquelle les deux devises pourraient coexister.