La quatrième édition de la Biennale de Luanda, prévue les 22 et 23 octobre 2026 sous l’égide de l’UNESCO et de l’Union africaine, rassemble les dirigeants africains autour d’une thématique cruciale : la gouvernance de l’eau comme levier de prévention, de médiation et de résolution des conflits. Organisée en partenariat avec le gouvernement angolais, cette rencontre met en lumière les défis de la coopération transfrontalière en matière de ressources hydriques.
La RDC au cœur des enjeux hydriques africains
Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, président de la République démocratique du Congo (RDC), a placé la gestion des ressources en eau au cœur de son discours inaugural. Il a souligné l’urgence de concilier trois impératifs : la coopération régionale, la protection de l’environnement et le respect strict de la souveraineté des États. La RDC, traversée par le fleuve Congo – deuxième fleuve mondial par son débit après l’Amazone –, détient une position stratégique dans ce débat.
Ce bassin hydrographique, partagé avec plusieurs pays d’Afrique centrale comme la République du Congo et la République centrafricaine via le bassin de l’Oubangui, représente un atout majeur pour la production hydroélectrique, l’agriculture, le transport fluvial et l’approvisionnement en eau potable.
Une diplomatie de l’eau fondée sur la transparence et la concertation
Félix Tshisekedi a défendu une approche pragmatique de la diplomatie de l’eau, basée sur des mécanismes de concertation renforcée. Selon lui, la gestion des bassins transfrontaliers exige un partage rigoureux des données hydrologiques, des investissements coordonnés et des dispositifs préventifs pour éviter les conflits d’usage.
Le président congolais a également abordé un sujet sensible : le transfert des eaux du fleuve Congo vers d’autres bassins. Il a rappelé qu’aucune initiative de ce type ne pourrait être engagée sans une consultation référendaire du peuple congolais et des garanties scientifiques solides. Cette position s’inscrit dans le refus catégorique de compromettre les intérêts nationaux ou les équilibres écologiques.
Les projets controversés de transfert vers le lac Tchad
Cette prise de position s’adresse directement aux projets récurrents visant à détourner une partie des eaux du bassin du Congo vers le lac Tchad. Kinshasa rappelle que toute coopération dans ce domaine doit impérativement respecter la Constitution et les lois de la RDC, ainsi que sa souveraineté absolue sur ses ressources naturelles.
Coopération bilatérale RDC-Angola : des pistes concrètes
En marge de la Biennale, les discussions entre la RDC et l’Angola ont porté sur des axes concrets de collaboration. Parmi eux : l’échange de données hydrologiques, la protection des écosystèmes transfrontaliers, la lutte contre la pollution, la formation d’experts et la modernisation des infrastructures d’eau.
Les deux pays explorent également des solutions énergétiques durables. Un expert angolais du secteur a insisté sur la nécessité de quantifier précisément les retombées économiques, sociales et environnementales pour chaque partie prenante. L’objectif ? Garantir que ces projets bénéficient équitablement à toutes les populations concernées.
Souveraineté versus intégration régionale : un équilibre à trouver
La gouvernance des ressources en eau pose une question fondamentale : comment concilier souveraineté nationale et intégration régionale ? Dans un contexte marqué par les effets du changement climatique et la pression croissante sur les ressources, les mécanismes de coopération entre États riverains deviennent un pilier de sécurité et de développement.
La Biennale de Luanda propose un cadre pour discuter des outils juridiques, institutionnels et financiers capables d’encadrer cette coopération. Pour la RDC, l’enjeu est double : exploiter pleinement son potentiel hydrique tout en conservant le contrôle décisionnel sur son utilisation.