Gabon : une révolution industrielle du manganèse désormais conditionnée à l’énergie verte
Libreville, 6 novembre 2026 – Le Gabon franchit une étape décisive dans son ambition industrielle. Une lettre d’intention signée à Pékin entre l’État gabonais, Eramet-Comilog et Sinohydro marque le début d’une étude pour alimenter une future usine d’alliages de manganèse par des solutions hydroélectriques. L’enjeu ?Transformer sur place les richesses minières et capter davantage de valeur ajoutée.
Un projet industriel ambitieux mais dépendant d’une énergie compétitive
Le Gabon mise sur une industrialisation accélérée de son manganèse. Le gouvernement souhaite produire localement des alliages à plus forte valeur ajoutée, plutôt que d’exporter uniquement du minerai brut. Cette stratégie bute cependant sur un défi majeur : l’accès à une électricité abondante, stable et à moindre coût. Sans cette condition sine qua non, aucune transformation métallurgique à grande échelle ne peut être rentable durablement.
L’accord conclu à Pékin, lors de la visite d’État du président Brice Clotaire Oligui Nguema en Chine, ouvre une nouvelle phase. Les trois partenaires – l’État gabonais, Eramet-Comilog et Sinohydro (filiale de PowerChina) – étudieront la faisabilité d’une alimentation électrique dédiée à une usine d’alliages de manganèse, via le développement de centrales hydroélectriques. Cette approche intégrée marque un tournant : elle combine production minière, infrastructures énergétiques et viabilité économique.
Ngoulmendjim et d’autres options hydroélectriques en évaluation
Parmi les pistes explorées, le site hydroélectrique de Ngoulmendjim figure en bonne place. D’autres solutions pourraient émerger des études en cours. Aucune décision définitive n’a été prise à ce stade : la lettre d’intention ne constitue qu’un cadre d’exploration. Les prochains mois seront consacrés à affiner les besoins énergétiques, les investissements requis, les modalités financières et les conditions de fourniture d’électricité.
Cette prudence est stratégique. Le Gabon a déjà validé, le 20 juillet 2026 à Paris, un protocole avec Eramet et Comilog. Ce dernier envisage trois scénarios industriels, avec pour objectif de transformer localement jusqu’à 700 000 tonnes de manganèse par an d’ici fin 2031. Les projets incluent :
- Une unité de production d’oxyde de manganèse près de Libreville ;
- La modernisation du Complexe métallurgique de Moanda ;
- Le développement d’une nouvelle capacité de production d’alliages dans la zone côtière.
L’ambition est claire : passer d’un modèle minier extractif à une chaîne de valeur industrielle intégrée, génératrice d’emplois et de retombées locales.
Manganèse gabonais : un potentiel économique à décupler
Les chiffres confirment l’attractivité du secteur. Selon les prévisions du budget 2027, la production nationale de manganèse pourrait atteindre 10,35 millions de tonnes en 2027, soit une hausse de 8,6 % par rapport à 2026. Le prix moyen de vente du minerai devrait, quant à lui, progresser de 45 %. Ces données soulignent l’importance de ne pas se limiter à une augmentation des volumes extraits.
La véritable révolution consistera à produire des matériaux transformés, à développer des compétences industrielles locales et à stimuler l’économie par des activités connexes. Le partenariat tripartite illustre cette synergie : le Gabon apporte ses ressources et sa volonté politique, Eramet-Comilog son expertise minière et métallurgique, tandis que Sinohydro pourrait construire les infrastructures énergétiques nécessaires.
Les retombées dépasseraient largement les entreprises signataires. Sous-traitance locale, création d’emplois qualifiés, formations techniques, développement d’infrastructures et émergence d’un écosystème de fournisseurs gabonais pourraient en découler. Encore faut-il que les investissements se concrétisent et que la valeur créée profite majoritairement à l’économie nationale.
De l’ambition politique à la concrétisation : le Gabon entre en phase opérationnelle
Le comité de suivi, associant l’État, Eramet et Comilog, devra désormais piloter les études, évaluer la rentabilité des projets et valider un calendrier d’investissements réaliste. Objectif : lancer une première unité de production d’oxyde de manganèse d’ici fin 2028, puis étendre les capacités selon la feuille de route jusqu’en 2031.
Pour les autorités, l’enjeu est de taille : articuler harmonieusement politique énergétique, stratégie minière et développement industriel. Une usine sans électricité compétitive serait économiquement fragile. À l’inverse, une infrastructure énergétique sans débouchés industriels suffisamment structurés risquerait de rester sous-exploitée.
Cette initiative interroge une question centrale : qui profite vraiment de la richesse tirée des ressources gabonaises ? L’objectif n’est pas de rompre avec les partenaires internationaux, mais de construire avec eux des partenariats équilibrés. Le succès se mesurera à la capacité du Gabon à ancrer sur son sol des activités productives, des technologies avancées et des compétences locales, transformant ainsi ses sous-sols en leviers de prospérité durable.