Une rencontre bilatérale qui interroge l’avenir de l’alliance sahélienne
Alors que le général Assimi Goïta, président du Mali, se rend à Ouagadougou pour une visite officielle auprès d’Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso, un détail intrigue : l’absence du Niger, troisième membre de la Confédération des États du Sahel (AES). Cette rencontre, présentée comme bilatérale, ravive les débats sur la cohésion interne de l’alliance et sa capacité à agir de manière unie face aux défis régionaux.
L’AES : une union fondée sur la solidarité, mais fragilisée par les absences
Depuis sa création en septembre 2023, puis sa transformation en Confédération en juillet 2024, l’AES s’est présentée comme une réponse collective aux enjeux sécuritaires, politiques et économiques du Sahel. Les trois pays, Mali, Burkina Faso et Niger, ont affiché leur volonté commune de renforcer leur coopération, notamment en matière militaire et diplomatique. Pourtant, la visite d’Assimi Goïta sans son homologue nigérien, Abdourahamane Tiani, soulève des interrogations légitimes.
S’agit-il d’un simple hasard de calendrier ou d’un choix stratégique pour privilégier certains axes de collaboration ? Aucune communication officielle ne permet d’affirmer qu’il s’agit d’une exclusion délibérée de Niamey. Cependant, cette absence met en lumière une question cruciale : comment l’AES peut-elle conserver sa crédibilité si les échanges au sommet se limitent à deux de ses trois membres ?
Une concertation à trois, un défi encore à relever
Malgré cette visite bilatérale, le Niger n’est pas totalement absent du jeu. Le 16 octobre 2026, les ministres des Affaires étrangères des trois pays se sont réunis à Ouagadougou pour un Comité ministériel de pilotage de la Confédération. Cet événement a permis d’harmoniser leurs positions sur plusieurs dossiers régionaux, confirmant que le dialogue entre les trois capitales reste actif. Il serait donc prématuré de parler d’une fracture au sein de l’alliance.
Pourtant, cette absence au plus haut niveau rappelle un enjeu majeur : la nécessité pour les trois dirigeants de se consulter régulièrement pour définir les orientations stratégiques de l’AES. Les rencontres bilatérales, bien que utiles, ne suffisent pas à incarner la force collective de la Confédération. L’AES ne peut se contenter d’une coordination ponctuelle ou partielle ; elle doit incarner une vision commune, partagée par les trois membres.
Les défis sécuritaires et diplomatiques au cœur des discussions
Les trois pays font face à des menaces similaires : groupes armés actifs aux frontières, insécurité grandissante, et pression sur les ressources naturelles. Dans ce contexte, la mutualisation des efforts militaires et le partage du renseignement deviennent des priorités absolues. Pourtant, une coopération efficace ne peut émerger que si les trois États s’engagent pleinement dans une démarche collective.
Sur le plan diplomatique, l’unité affichée par Bamako et Ouagadougou envoie un signal fort à leurs partenaires régionaux. Mais cette dynamique perdrait de son impact si elle ne s’inscrivait pas dans une stratégie coordonnée avec Niamey. L’AES, en tant que bloc unifié, dispose d’un poids politique et économique bien plus conséquent que trois États agissant séparément.
Que retenir de cette visite pour l’avenir de l’AES ?
La rencontre entre Assimi Goïta et Ibrahim Traoré pourrait renforcer la coopération bilatérale entre le Mali et le Burkina Faso, mais elle ne suffira pas à garantir la pérennité de l’AES. Tout dépendra de la suite donnée à ces discussions : les conclusions de cette visite seront-elles partagées avec le Niger ? Les trois dirigeants parviendront-ils à organiser rapidement une rencontre trilatérale pour réaffirmer leur solidarité ?
Une chose est sûre : l’absence du Niger à cette visite rappelle que la force de l’AES repose sur trois piliers, pas deux. Si Bamako et Ouagadougou cherchent à consolider leurs liens, ils doivent aussi veiller à ne pas marginaliser Niamey. L’avenir de la Confédération dépendra de leur capacité à maintenir une concertation constante, au-delà des alliances bilatérales.
L’AES face à son plus grand test : l’unité ou l’éclatement ?
L’AES n’est pas une simple alliance militaire ou économique ; elle incarne une volonté politique de rompre avec les dépendances passées et de promouvoir une souveraineté régionale. Pourtant, chaque absence au sommet fragilise cette ambition. Si les dirigeants ne parviennent pas à préserver une coordination à trois, l’AES risque de devenir un accord de façade, incapable de relever les défis du Sahel.
La visite d’Assimi Goïta à Ouagadougou est donc bien plus qu’un simple déplacement diplomatique. Elle symbolise un choix : celui d’une alliance inclusive ou d’une collaboration à deux vitesses. Les mois à venir seront déterminants pour savoir si l’AES saura transcender ses divisions internes et incarner une véritable force unifiée.