Le Bénin fait un pas décisif dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. En engageant la ratification de la Convention de l’Union africaine sur l’élimination des violences basées sur le genre, le gouvernement de Romuald Wadagni place ce combat au cœur de son agenda politique. Mais cette initiative suffira-t-elle à transformer les promesses en actes concrets ?
Pourquoi cette convention africaine pourrait-elle changer la donne au Bénin ?
Adoptée en 2025 et désormais transmise à l’Assemblée nationale béninoise, cette convention représente bien plus qu’un texte juridique. Elle propose une approche globale pour endiguer toutes les formes de violences : physiques, sexuelles, psychologiques, économiques et même numériques. Son adoption contraindrait le Bénin à aligner son arsenal législatif sur des normes continentales exigeantes, tout en offrant un cadre renouvelé pour protéger les victimes.
Contrairement aux engagements passés, cette convention ne se contente pas de condamner la violence. Elle exige des États une action systématique : prévention, répression des auteurs, accompagnement des victimes et déconstruction des stéréotypes de genre. Une révolution dans la manière de concevoir la protection des femmes.
Un texte ambitieux face aux réalités multiples des violences
Les violences basées sur le genre au Bénin ne se limitent plus aux murs des foyers. Elles s’immiscent sur les réseaux sociaux, dans les lieux de travail ou les espaces publics. La convention prend en compte cette diversité en intégrant explicitement les violences numériques, souvent ignorées par les cadres juridiques traditionnels. Une avancée majeure pour une société de plus en plus connectée.
Autre innovation : le texte interdit formellement toute invocation de traditions, coutumes ou religions pour justifier ces violences. Une clause qui rappelle que la dignité humaine prime sur toute pratique discriminatoire, même ancrée dans l’histoire ou la culture.
Quelles mesures concrètes le Bénin doit-il mettre en place ?
La ratification de cette convention n’est que la première étape. Pour qu’elle produise des effets tangibles, plusieurs actions doivent être menées en parallèle. D’abord, le renforcement des mécanismes de plainte et d’accompagnement des victimes, souvent confrontées à des difficultés pour faire valoir leurs droits. Ensuite, la formation des professionnels (policiers, magistrats, travailleurs sociaux) pour une application rigoureuse du droit. Enfin, des campagnes de sensibilisation ciblant l’ensemble de la société, car éradiquer ces violences nécessite une mobilisation collective.
La Ministre de la Famille et de l’Action sociale, Véronique Tognifodé, en est convaincue : « Cette convention est un outil essentiel, mais pas une solution miracle. Nous devons aller plus loin en transformant les mentalités et en agissant sur les comportements quotidiens. » Une vision qui dépasse le cadre juridique pour s’attaquer aux racines mêmes des violences.
Les hommes et les garçons : des acteurs incontournables de ce changement
Le texte met l’accent sur l’implication des hommes et des garçons dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Pourquoi ? Parce que leur participation active est indispensable pour déconstruire les normes patriarcales qui perpétuent la domination masculine. Des programmes de masculinité positive, éducatifs et communautaires, sont encouragés pour promouvoir l’égalité et le respect mutuel.
Cette approche inclusive vise à créer une société où chaque individu, quel que soit son genre, contribue à bâtir un environnement exempt de violence.
Un calendrier symbolique : les 16 jours d’activisme qui s’ouvrent
À quelques jours de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes (25 novembre), cette initiative prend une dimension particulière. Elle s’inscrit dans les 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, une période où le pays se mobilise pour rappeler l’urgence d’agir. Mais au-delà du symbole, l’enjeu est de taille : faire en sorte que ces 16 jours ne restent pas une simple campagne de communication, mais deviennent le point de départ d’une transformation durable.
Romuald Wadagni a placé la barre haut. Reste à savoir si les institutions, la société civile et chaque citoyen seront à la hauteur de cet engagement. Car au fond, la vraie question est simple : le Bénin est-il enfin prêt à tourner définitivement la page des violences faites aux femmes ?