Avec des stocks capables d’assurer trois à six mois de consommation, le Bénin affiche une autonomie énergétique inédite face aux tensions sur les carburants. Pourtant, les files d’attente persistantes devant certaines stations-service interrogent : cette stratégie suffit-elle à sécuriser l’approvisionnement national ?
Une autonomie record confirmée par le gouvernement
Le porte-parole de l’exécutif, Wilfried Léandre Houngbédji, a révélé dimanche que les réserves stratégiques de carburant couvrent désormais un trimestre, voire un semestre, contre seulement un mois auparavant. Une avancée saluée par les autorités comme une solution durable aux risques de pénurie. Mais cette annonce soulève une question cruciale : comment expliquer les tensions persistantes sur le réseau officiel ?
Le basculement de la demande vers les stations-service
Selon Houngbédji, près de 70 % des utilisateurs s’approvisionnaient auparavant sur le marché informel, où le prix du carburant est souvent inférieur. Cependant, avec la hausse des coûts de l’essence dans le circuit parallèle, une partie de cette clientèle a migré vers les pompes, saturant ainsi les capacités des stations-service. Cette transition brutale a révélé les limites du système face à un afflux soudain de demande.
Les mesures d’urgence pour stabiliser le marché
Face à la multiplication des files d’attente, notamment dans le nord du pays, le ministère du Commerce intérieur a convoqué en urgence les acteurs de la filière pétrolière le 14 octobre à Cotonou. L’objectif ? Renforcer les livraisons et normaliser l’approvisionnement sur l’ensemble du territoire dans un délai de 48 heures. Une décision qui témoigne de l’urgence à trouver un équilibre entre offre et demande.
Un prix officiel maîtrisé pour protéger les ménages
L’exécutif a choisi de maintenir le prix de l’essence à 725 FCFA le litre, malgré les pressions inflationnistes. Cette décision, prise dans un souci de stabilité sociale, vise à limiter l’impact de la conjoncture internationale sur le pouvoir d’achat des Béninois. Les opérateurs sont par ailleurs invités à accélérer le remplissage des cuves et à améliorer le service en station pour désengorger les files.
Réserves stratégiques : une solution ou un répit temporaire ?
Si les stocks actuels offrent une marge de sécurité indéniable, leur efficacité dépendra de la capacité du pays à anticiper les fluctuations de la demande. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer si cette autonomie peut réellement tenir tête aux défis logistiques et économiques, alors que les tensions sur le terrain persistent. Une chose est sûre : le débat sur la gestion des carburants au Bénin est loin d’être clos.