Bamako — La rentrée scolaire 2026-2027 ouvre officiellement ce jeudi 1er octobre, sous le slogan présidentiel de l’« Année de l’éducation et de la culture » décrété par le général Assimi Goïta. Mais dans les faits, plus de 2 400 écoles du pays gardent portes closes. Ce chiffre record laisse 730 000 enfants sans accès à l’instruction et expose l’impasse stratégique de la junte.
Un système éducatif en lambeaux
À l’échelle nationale, plus d’un établissement sur cinq est désormais hors service. Cette débâcle n’a rien d’accidentel : elle découle de l’avancée continue des groupes armés terroristes. Les bâtiments scolaires sont pillés ou incendiés par des katibas islamistes hostiles à l’enseignement « occidental », quand ils ne servent pas d’abris de fortune à des milliers de déplacés. La carte des fermetures dessine une géographie de l’abandon. Dans la région de Kidal, à l’extrême nord, près de 84 % des écoles restent fermées. À Ménaka, voisine et en proie aux exactions de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), 52 % des établissements de l’académie sont jugés « non fonctionnels ». La situation n’est guère meilleure à Gao, dans les cercles du Centre comme Mopti et Bandiagara, ou dans certaines zones de Ségou et Koulikoro, désormais exposées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaïda).
Les échecs d’une junte acculée
Pour les autorités de la transition, qui ont bâti leur légitimité sur la promesse de restaurer la souveraineté et la sécurité, ces données sonnent comme un désaveu. Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, la junte a rompu avec ses partenaires traditionnels : départ des forces françaises de l’opération Barkhane, retrait de la mission des Nations unies (MINUSMA), abandon de l’accord de paix d’Alger. Pour combler ce vide, Bamako s’est tournée vers la Russie et les mercenaires du groupe Africa Corps (ex-Wagner). Mais la reconquête militaire rapide promise s’est muée en une succession de revers. Malgré la reprise très médiatisée de Kidal fin 2023, les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs supplétifs russes s’enlisent dans des guerres d’usure meurtrières. La défaite retentissante de Tinzaouatène à l’été 2024 face aux rebelles du cadre stratégique et aux combattants du GSIM a marqué un tournant, révélant les fragilités structurelles du dispositif militaire. Loin de contenir la menace, cette approche purement sécuritaire a provoqué des représailles dévastatrices. Les groupes terroristes ont étendu leurs opérations au-delà de leurs sanctuaires du Nord et du Centre, frappant jusqu’au cœur des institutions, comme lors des attaques contre l’école de gendarmerie de Faladié et l’aéroport militaire de Bamako en septembre 2024.
La carte de l’encerclement : état des lieux territorial
L’analyse de l’emprise sur le territoire malien révèle une souveraineté étatique largement morcelée. Dans le Grand Nord — Kidal, Ménaka, Taoudénit —, l’État ne maintient qu’une présence insulaire, limitée aux chefs-lieux fortifiés. L’EIGS contrôle de vastes étendues désertiques à Ménaka, où il impose sa loi et prélève la zakat, tandis que le GSIM et divers groupes armés se disputent les axes frontaliers avec la Mauritanie et l’Algérie. Dans le Centre — Mopti, Ségou, San —, cœur de l’insurrection du GSIM via la Katiba Macina, la zone rurale échappe presque totalement à l’administration. Les insurgés y imposent des blocus réguliers à des villes comme Niono ou Djenné et ordonnent la fermeture des écoles républicaines sous peine d’exécutions ciblées d’enseignants. Enfin, dans le Sud et l’Ouest — Koulikoro, Sikasso, Kayes —, jadis épargnés, une infiltration rapide est en cours. Des cellules dormantes du GSIM y orchestrent des blocus économiques, visant le carburant et les routes majeures, étouffant progressivement les approvisionnements de la capitale.
Une génération sacrifiée
Face à cette dégradation, le contraste entre le discours officiel et le quotidien des Maliens est saisissant. Tandis que la transition célèbre la « refondation » du pays, l’accès au savoir recule dramatiquement. Chaque école fermée constitue une victoire idéologique pour les groupes obscurantistes, qui trouvent dans cette jeunesse désœuvrée un vivier de recrutement. L’« Année de l’éducation » proclamée à Bamako risque de n’être, pour des centaines de milliers de jeunes Maliens, qu’une nouvelle année blanche dans le fracas des armes.






Les commentaires sont désactivés.