Le port de Cotonou vient de franchir un seuil qui change la donne. En passant de 9,6 millions de tonnes traitées en 2024 à 14,7 millions de tonnes en 2025, l’infrastructure béninoise ne se contente plus de suivre la croissance régionale : elle opère un véritable basculement stratégique. Ce tournant, porté par une hausse spectaculaire du trafic de transit, repositionne le Bénin comme un acteur logistique incontournable en Afrique de l’Ouest. L’ambition affichée — atteindre 25 millions de tonnes par an — marque une rupture avec le rôle traditionnel du port, qui devient une véritable plaque tournante commerciale.
Une accélération portée par la diversification des flux régionaux
Longtemps cantonné à sa fonction de porte d’entrée maritime pour le marché béninois, le port de Cotonou opère aujourd’hui une mue profonde. Il ne s’agit plus seulement de traiter les marchandises locales, mais de desservir un espace régional élargi, s’appuyant sur des infrastructures modernisées, une position géographique avantageuse et un réseau routier en pleine amélioration.
Cette dynamique est alimentée par une augmentation notable des échanges avec trois partenaires clés : le Burkina Faso, le Nigeria et le Tchad. Les hydrocarbures, les produits manufacturés et une variété de marchandises destinées aux marchés intérieurs contribuent à cette montée en puissance. Le port ne se contente plus d’être un point de passage : il devient un carrefour stratégique où se croisent les intérêts économiques de toute la sous-région.
Le Burkina Faso, un débouché en pleine expansion
Parmi les partenaires du port de Cotonou, le Burkina Faso s’impose comme un relais de croissance majeur. D’importants volumes de marchandises, notamment des produits énergétiques, transitent par les installations portuaires béninoises avant d’être acheminés vers le marché burkinabè. Cette relation commerciale, déjà solide, ne cesse de se renforcer, tirée par les besoins croissants du pays enclavé.
Le Nigeria, un partenaire stratégique aux portes du Bénin
La proximité du Nigeria, géant économique du continent, constitue un atout considérable pour Cotonou. Les difficultés rencontrées par certains ports de la région créent des opportunités nouvelles pour le port béninois, qui peut se positionner comme une solution complémentaire pour l’acheminement de marchandises destinées aux entreprises et aux consommateurs nigérians. Ce positionnement ne relève pas du hasard : il s’inscrit dans une stratégie délibérée de captation de flux.
Le Tchad, un potentiel encore inexploité
Le Tchad apparaît également comme un marché à fort potentiel. En diversifiant ses itinéraires d’approvisionnement, ce pays pourrait contribuer à renforcer les activités de transit au départ du littoral béninois. Une opportunité que les autorités portuaires entendent bien saisir pour élargir encore leur aire d’influence.
Une croissance spectaculaire du trafic
La progression du trafic constitue le témoignage le plus tangible de cette nouvelle orientation. Le volume de marchandises traitées est passé de 9,6 millions de tonnes en 2024 à 14,7 millions de tonnes en 2025, soit une augmentation de plus de 50 % en un an. Cette hausse confirme l’importance croissante du port dans les échanges commerciaux de la sous-région et valide les choix stratégiques opérés.
Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs conjugués : l’amélioration des équipements, l’augmentation des capacités de traitement et la volonté affichée des autorités de rendre les opérations portuaires plus rapides et plus compétitives. La modernisation des quais, des espaces de stockage et des systèmes de gestion contribue également à fluidifier le passage des marchandises, réduisant les délais et renforçant l’attractivité du port.
Des investissements pour franchir un nouveau cap
Pour accompagner cette croissance et soutenir son ambition, le port de Cotonou prévoit de nouveaux investissements. L’objectif est clair : augmenter sa capacité de traitement afin d’atteindre progressivement 25 millions de tonnes de marchandises par an. Un pari sur l’avenir qui nécessite des moyens à la hauteur des enjeux.
Le développement des terminaux à conteneurs constitue une priorité stratégique. La plateforme portuaire souhaite également renforcer ses équipements de manutention, améliorer les accès routiers et faciliter la circulation des camions vers les pays voisins. Ces investissements pourraient améliorer la compétitivité du port et réduire les délais d’acheminement. Ils devraient aussi favoriser l’installation de nouvelles entreprises spécialisées dans la logistique, le transport et la distribution, créant ainsi un écosystème économique dynamique autour de l’infrastructure.
Un levier majeur pour l’économie béninoise
La croissance du port de Cotonou représente un enjeu capital pour l’économie du Bénin. L’augmentation du trafic peut générer davantage de recettes, stimuler les activités industrielles et créer des emplois dans les secteurs du transport, de la manutention et de la logistique. Autant de retombées directes pour les populations et les entreprises locales.
Le développement portuaire peut également renforcer l’attractivité du pays auprès des investisseurs étrangers. Une plateforme moderne et bien connectée facilite l’implantation d’entreprises qui souhaitent accéder aux marchés d’Afrique de l’Ouest. En misant sur la diversification de ses partenaires et sur l’amélioration de ses infrastructures, le port de Cotonou entend donc s’imposer comme un centre logistique régional incontournable.
Cette ambition dépendra toutefois de la poursuite des investissements, de la qualité des corridors routiers et de la stabilité des échanges entre les différents pays de la région. Le tournant est amorcé, mais rien n’est encore joué. La capacité du Bénin à transformer cet élan en avantage durable déterminera sa place dans la nouvelle géographie du commerce ouest-africain.