Sahel : après Dioura, le modèle sécuritaire de l’AES sous le feu des critiques

Sahel : après Dioura, le modèle sécuritaire de l’AES sous le feu des critiques

Une attaque d’ampleur qui secoue la stratégie de l’Alliance des États du Sahel

À Dioura, dans le centre du Mali, l’assaut mené par le JNIM le 10 septembre a révélé les limites du dispositif sécuritaire de l’Alliance des États du Sahel (AES). Avec plus de 100 militaires maliens et 5 membres de l’Africa Corps russes tués, cette offensive jihadiste marque un tournant dans la lutte contre l’insurrection armée. Les images diffusées par le JNIM, montrant des armes et des véhicules militaires capturés, confirment une capacité opérationnelle inquiétante des groupes armés, malgré la présence russe.

Des pertes record et une menace qui s’étend

L’attaque de Dioura n’est pas un cas isolé. Dans les jours suivants, le JNIM a multiplié les offensives contre des positions clés comme Sévaré et Konna, ciblant des infrastructures militaires ainsi que des drones et hélicoptères russes et turcs. Ces raids, dont certains ont atteint les abords de Bamako, illustrent une stratégie jihadiste de plus en plus audacieuse, visant désormais les centres vitaux du pays. La question se pose : comment une force étrangère, même dotée de moyens technologiques avancés, peut-elle inverser la dynamique d’un conflit où les insurgés exploitent les failles du terrain ?

L’Africa Corps : un partenaire militaire sous le feu des doutes

Depuis le retrait des forces françaises et de la MINUSMA, le Mali mise sur le partenariat avec Moscou pour renforcer ses capacités militaires. L’Africa Corps, héritier de Wagner, devait apporter une supériorité aéroréconnaissable et des frappes ciblées pour contrer la menace jihadiste. Pourtant, les revers comme Dioura ou l’embuscade d’Anéfis en juillet remettent en cause cette efficacité.

Les critiques dépassent les simples bilans humains : des frappes attribuées à l’Africa Corps auraient causé des pertes civiles, selon des rapports comme ceux de Human Rights Watch. Entre juin et juillet, des accusations de meurtres de civils à Kyrnia et Bombori ont alimenté les controverses sur les méthodes employées. Dans un conflit asymétrique, ces dynamiques affaiblissent la crédibilité des forces de l’AES auprès des populations locales.

Un modèle sécuritaire à l’épreuve des réalités du terrain

L’efficacité d’une armée ne se mesure pas seulement à sa puissance de feu ou au nombre de ses combattants. La protection des civils, le renseignement local et la maîtrise durable des territoires sont des piliers tout aussi cruciaux. Pourtant, malgré les moyens déployés, les groupes jihadistes continuent de frapper avec une mobilité et une coordination redoutables. La capacité de l’AES à sécuriser les axes routiers, les zones économiques et les centres urbains reste un défi majeur.

Le Sahel en crise : le Burkina Faso et le Niger sous pression

Le problème dépasse les frontières du Mali. Le Burkina Faso et le Niger subissent aussi une intensification des violences jihadistes, avec des milliers de morts recensés ces dernières années. Le JNIM, affilié à Al-Qaïda, joue un rôle central dans cette escalade. Les violations répétées des accords de défense de l’AES soulignent l’urgence d’une coopération régionale renforcée entre les trois pays.

Alors que l’AES se présente comme une réponse souveraine aux défis sécuritaires, les groupes armés démontrent une capacité à exploiter les failles opérationnelles et politiques de l’alliance. La question n’est plus seulement de savoir si les forces de l’AES peuvent résister, mais si leur modèle sécuritaire est viable à long terme face à une insurrection enracinée.

Quelle alternative pour l’avenir ?

Les récentes attaques au Sahel rappellent une évidence : une réponse purement militaire, même appuyée par des puissances étrangères, ne suffit pas. La lutte contre le jihadisme exige une approche globale, combinant sécurité, développement économique et participation active des communautés locales. L’AES doit maintenant prouver que son modèle peut produire des résultats durables, au-delà des annonces et des effectifs annoncés.

L’attaque de Dioura a été un électrochoc. Reste à savoir si elle servira de leçon ou si le Sahel devra payer le prix d’une stratégie encore en quête de cohérence.

Fanta Ouattara

Éditorialiste