Avec un volume d’échanges plafonné à 250 milliards de FCFA, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, deux poids lourds de l’UEMOA, échouent à exploiter leur potentiel commercial. Pourtant, ces deux économies représentent plus de 60 % du PIB de l’union monétaire, un contraste frappant pour les analystes. Le Premier ministre sénégalais Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo a souligné cette anomalie lors de sa visite à Abidjan, appelant à une refonte des dynamiques d’échange.
Un potentiel commercial largement sous-exploité entre Dakar et Abidjan
Les échanges entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire ne représentent qu’une infime partie de leurs échanges extérieurs respectifs. Le commerce extérieur sénégalais, chiffré à près de 10 000 milliards de FCFA, et celui de la Côte d’Ivoire, dépassant 20 000 milliards de FCFA, se tournent davantage vers l’Europe, la Chine ou l’Inde. Une situation paradoxale pour des pays voisins dont les économies sont pourtant complémentaires à bien des égards.
Plusieurs facteurs expliquent cette faiblesse des échanges. D’abord, la structure des économies des deux pays repose sur des secteurs concurrentiels, comme l’agriculture, la pêche ou les hydrocarbures, plutôt que sur des complémentarités. Ensuite, les coûts logistiques élevés sur les corridors sahéliens, couplés à l’absence de liaisons maritimes directes entre Abidjan et Dakar, freinent la fluidité des échanges. Enfin, les barrières non tarifaires, comme les normes douanières, jouent également un rôle dissuasif.
Le secteur privé, clé de voûte d’un partenariat économique renforcé
Face à ces défis, le Premier ministre sénégalais a interpellé le secteur privé des deux pays pour qu’il s’empare de l’opportunité. Dans le cadre de la stratégie Sénégal 2050, il mise sur une industrialisation accélérée, une montée en gamme des services et une diversification des exportations. L’expérience ivoirienne, notamment dans l’agro-industrie et la bancarisation, pourrait servir de modèle pour le Sénégal.
Les entreprises des deux pays sont déjà présentes sur le territoire de l’autre, notamment dans les secteurs bancaire, pétrolier, logistique ou télécoms. Pourtant, ces investissements ne se traduisent pas encore par une augmentation significative des flux commerciaux.
« Le volume des échanges commerciaux entre nos deux pays, estimé à 250 milliards de FCFA, reste bien en deçà des attentes, malgré les investissements croisés. Il est temps d’agir pour transformer ces partenariats en opportunités économiques tangibles. »
Cette analyse rejoint celle de la Commission de l’UEMOA, qui note que le commerce intracommunautaire ne représente qu’environ 15 % des échanges totaux de la zone. Un chiffre bien inférieur aux performances observées en Afrique australe ou en Asie du Sud-Est, malgré le lancement de la Zlecaf en 2021.
Dakar 2026 : une opportunité pour relancer les échanges
La visite du Premier ministre sénégalais à Abidjan survient à quelques semaines des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar, prévus du 31 octobre au 13 novembre 2026. Cet événement, premier d’une telle envergure en Afrique, sert de vitrine pour le Sénégal, tant sur le plan diplomatique que logistique. Les autorités sénégalaises en profitent pour solliciter le soutien de la Côte d’Ivoire, dont les infrastructures sportives et l’expertise en organisation d’événements sont reconnues.
Mais au-delà de l’événementiel, cette visite s’inscrit dans une stratégie plus large. Entre la mise en œuvre de la stratégie Sénégal 2050, l’exploitation des ressources gazières et le repositionnement du pays au sein de la CEDEAO, la relation avec Abidjan est devenue un levier essentiel. Le chiffre de 250 milliards de FCFA n’est plus un plafond, mais un plancher à dépasser.
« Notre objectif est clair : renforcer les liens économiques entre nos deux pays et ouvrir de nouvelles perspectives pour nos populations. C’est dans cette dynamique que nous devons investir, pour un développement partagé et durable. »