Pourquoi l’entourage de Bassirou Diomaye Faye ignore-t-il les convocations de l’Assemblée nationale dans l’enquête sur la gestion des terres ? Entre Ousmane Sonko et les enjeux politiques, un bras de fer institutionnel s’installe au cœur du pouvoir. Analyse.

Une conseillère présidentielle face à l’Assemblée : l’épreuve de force
Dans ce climat électoral tendu, les refus de comparution face à la commission d’enquête parlementaire sur la gestion domaniale s’accumulent. Dernier cas en date : Mme Demba Dieng, ancienne directrice du Cadastre et actuelle conseillère de Bassirou Diomaye Faye, a officiellement décliné la convocation qui lui était adressée. Un choix qui soulève des questions sur la stratégie adoptée par le pouvoir exécutif.
Contrairement à d’autres refus motivés par des raisons protocolaires (comme celui des deux colonels de la DSCOS invoquant leur statut militaire), celui de Mme Demba Dieng reste sans justification officielle. Ni la présidence ni la commission n’ont communiqué de motif clair, alimentant les spéculations. Une chose est sûre : si une consigne a été donnée à l’entourage présidentiel, d’autres membres pourraient suivre cette voie.
Le silence du sommet de l’État : une stratégie délibérée ?
La présidence n’a livré aucun élément pour expliquer ces refus. Pourtant, une règle informelle circule dans les cercles politiques : c’est au chef de l’État qu’il appartiendrait d’autoriser ou non la comparution de ses collaborateurs. Une interprétation qui n’a jamais été officialisée, mais qui pourrait expliquer l’absence de réponses. Entre Bassirou Diomaye Faye et l’Assemblée, les tensions montent.
L’ancien ministre Daouda Ngom a, lui, choisi de se conformer à la convocation, tout en révélant que six ministres (actuels ou anciens) auraient, selon lui, refusé de déférer. Une affirmation non vérifiée à ce stade, mais qui révèle l’ampleur des divisions au sein de l’exécutif.
Gestion foncière et équilibre politique : les cartes sont-elles brouillées ?
Cette affaire dépasse largement le simple refus d’une convocation. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de crise institutionnelle, où l’enquête sur la gestion des terres devient le théâtre d’une bataille entre pouvoir exécutif et législatif. Pour Ousmane Sonko, opposant de premier plan, cette situation pourrait affaiblir sa position. Mais pour Bassirou Diomaye Faye, elle représente un risque : celui de voir l’Assemblée considérer ces refus comme une preuve d’obstruction.
La commission d’enquête, elle, maintient sa ligne : elle poursuivra ses investigations dans le strict respect de son mandat. Le principe de présomption d’innocence s’applique à chaque personne convoquée, mais le refus de comparaître peut être interprété comme une volonté d’échapper aux responsabilités.
Et demain ? L’Assemblée face au choix de la fermeté
Les prochains jours seront déterminants. L’Assemblée nationale devra décider de la suite à donner à ces refus. Plusieurs scénarios sont possibles :
- Un élargissement des convocations : si d’autres proches du président sont concernés, la crise pourrait s’aggraver.
- Une réponse institutionnelle : sanctions, convocations forcées, ou même une motion de censure.
- Un apaisement : si les explications tardives émergent, le conflit pourrait s’éteindre aussi vite qu’il a commencé.
Une chose est certaine : cette affaire met en lumière les limites du dialogue entre l’exécutif et le législatif. À l’heure où le Sénégal doit faire face à des défis économiques et sociaux majeurs, cette crise politique risque de fragiliser davantage l’équilibre national.
Ce que révèle le refus de Mme Demba Dieng sur l’état du pouvoir
Le cas de Mme Demba Dieng n’est pas isolé. Il illustre une tendance plus large : l’exécutif cherche-t-il à éviter un scandale lié à la gestion des terres ? Ou s’agit-il d’une stratégie plus large pour affaiblir l’opposition, notamment Ousmane Sonko ?
Sans certitudes, une certitude s’impose : le pouvoir exécutif doit désormais clarifier sa position. Le peuple sénégalais, lui, observe. Et dans un contexte où la confiance envers les institutions est déjà fragile, chaque décision pourrait avoir des répercussions durables.