Le groupe parlementaire Pastef vient de bloquer le vote de la loi de finances rectificative 2026 à l’Assemblée nationale. Avec 109 voix contre, 20 pour et 3 abstentions, le texte a été rejeté, malgré la majorité absolue détenue par le pouvoir. Une fronde interne qui s’ajoute à deux refus en commission, démontrant une rupture claire au sein même de la majorité présidentielle.
La fronde de Pastef menace l’équilibre budgétaire et l’accord avec le FMI
Dès le 19 octobre, Ousmane Sonko, président de l’Assemblée et chef de file du Pastef, avait posé une condition sine qua non : encadrer légalement les fonds spéciaux avant tout vote budgétaire. Un désaccord persiste également sur la distribution des aides aux ménages en difficulté, privant le gouvernement du levier nécessaire pour ajuster les chiffres de la dette publique. Or, c’est sur cette correction que repose la validation par le Fonds monétaire international de l’accord technique signé le 1er septembre, prévoyant un décaissement de 2,2 milliards de dollars sur trois ans.
Le ministre de l’Économie, Abdourahmane Sarr, a tenté de trouver un compromis, tout en concédant que la dissolution de l’Assemblée pourrait s’imposer en dernier recours. Bassirou Diomaye Faye, interrogé lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, n’a fermé aucune porte. Parallèlement, l’inquiétude grandit chez les détenteurs d’eurobonds, alors que plusieurs agences de notation ont déjà dégradé la note souveraine du Sénégal en 2024, la plaçant en catégorie spéculative.
2 Décembre 2026 : l’échéance constitutionnelle qui change la donne
Le 2 décembre 2026 marque un tournant : à cette date, le président de la République récupère le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale. En 2024, ce processus avait duré quatre-vingts jours, de l’annonce à l’installation de la nouvelle législature. Appliqué au scénario de 2026, cela placerait les élections législatives anticipées entre fin janvier et mars 2027. En attendant, le président gouvernerait par ordonnances, tandis que le budget 2027 serait adopté selon la même procédure au 1er janvier.
Cette situation présente un risque financier majeur. Le 13 mars 2027, le Sénégal devra rembourser près de 400 millions d’euros sur une obligation 2028. Sans le premier décaissement du FMI, l’accès aux marchés financiers se compliquerait, et une négociation sous le cadre commun du G20 deviendrait inévitable. Les exemples du Ghana, en défaut depuis décembre 2022, et de la Zambie, toujours en discussions depuis 2021, illustrent les délais parfois longs nécessaires pour restructurer une dette souveraine.
Trois scénarios pour sortir de l’impasse, un seul arbitre final
La première option consiste à amender la loi de finances rectificative avant le 2 décembre, puis à adopter la loi de finances initiale 2027 avant le 31 décembre. Si le FMI valide l’accord d’ici janvier, un premier décaissement pourrait être libéré, ouvrant la voie à des négociations avec les porteurs d’eurobonds. La deuxième option repose sur une dissolution de l’Assemblée, reportant l’arbitrage aux urnes mais plongeant le pays dans une gouvernance par ordonnances pour deux à trois mois. Enfin, une troisième voie, intermédiaire, pourrait voir l’adoption d’un texte minimal encadrant uniquement les fonds spéciaux, évitant un débat budgétaire complet avant décembre.
Dans ces trois scénarios, c’est la réaction des marchés obligataires qui tranchera. Leur jugement sur le spread exigé déterminera la capacité du Sénégal à financer sa dette. La politique intérieure sénégalaise se retrouve ainsi sous la triple influence de la Constitution, du mémorandum avec le FMI et des obligations souveraines émises il y a près de dix ans.