Silmossin : le jnim révèle les limites de la doctrine sécuritaire de traoré

Silmossin : le jnim révèle les limites de la doctrine sécuritaire de traoré
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Le groupe jihadiste JNIM a revendiqué, dans la soirée du 25 septembre 2026, la prise de plusieurs positions militaires tenues par les forces burkinabè et les VDP (Volontaires pour la défense de la patrie) à Silmossin, localité située près de Dédougou. Ces annonces s’ajoutent à celles de la même journée concernant Aoréma et Klio, dans le nord du pays, où deux autres sites seraient désormais sous contrôle jihadiste.

Si l’authenticité de ces revendications doit encore être vérifiée, leur multiplication interroge directement l’efficacité de la stratégie de sécurité mise en place depuis l’avènement du capitaine Ibrahim Traoré. Une doctrine fondée sur la reconquête territoriale, le renforcement des forces nationales et l’engagement des VDP semble désormais confrontée à un défi majeur : tenir durablement les territoires repris.

Une stratégie axée sur la mobilisation, mais peu de résultats durables

Depuis 2022, le régime de Traoré présente la mobilisation populaire et la reconquête militaire comme les piliers d’une nouvelle approche sécuritaire. Pourtant, la réalité du terrain soulève des questions persistantes. Une stratégie de sécurité ne se mesure pas uniquement au nombre de soldats déployés ou à l’annonce de victoires ponctuelles. Elle se juge à la capacité de l’État à protéger durablement ses habitants, sécuriser les axes de circulation et empêcher les groupes armés de réinvestir les zones qu’ils abandonnent.

Or, les analyses récentes montrent que ces objectifs restent difficiles à atteindre. Les VDP, bien que renforçant les effectifs, restent des combattants non professionnels, souvent exposés à des risques accrus. Le succès passe par des facteurs cruciaux : un renseignement fiable, une logistique adaptée, une coordination inter-services efficace et surtout, la capacité à maintenir les positions gagnées.

Un enjeu bien plus large que des batailles ponctuelles

Reprendre une zone ne suffit pas. Encore faut-il y rétablir durablement la présence de l’État : rouvrir les écoles, relancer les marchés, permettre aux agriculteurs de travailler et ramener les déplacés chez eux. Pourtant, dans de nombreuses zones rurales, ces conditions ne sont toujours pas remplies. Les groupes jihadistes, eux, adaptent leurs tactiques en exploitant les faiblesses logistiques et humaines des forces de sécurité.

Les sources internes évoquent une augmentation des drones utilisés par le JNIM, ainsi qu’une meilleure organisation logistique. Ces évolutions compliquent la tâche des forces burkinabè, déjà contraintes par des effectifs limités et des moyens dispersés.

Le discours politique face aux réalités du terrain

Le gouvernement burkinabè continue de mettre en avant ses succès militaires et la montée en puissance des forces nationales. Pourtant, des voix officielles elles-mêmes reconnaissent que « ce qui n’a pas marché » doit être corrigé. La lutte contre l’insurrection ne peut se limiter à une réponse armée. Le recrutement des jeunes par les groupes terroristes, déjà évoqué par les autorités, reste un défi majeur, nécessitant une approche sociale et économique.

Les indicateurs à suivre ? Le nombre de zones durablement sécurisées, la réduction des attaques contre les civils, la liberté de mouvement des populations, le retour des déplacés et la capacité des forces de sécurité à tenir les positions avancées. Sans transparence sur ces données, l’écart entre les annonces gouvernementales et la situation réelle persistera.

L’éternel dilemme : tenir ou abandonner ?

Les revendications du JNIM à Silmossin, si elles sont avérées, illustrent une nouvelle fois la vulnérabilité des positions avancées. Mais au-delà des slogans et des opérations militaro-médiatisées, c’est la question de la souveraineté durable qui se pose. Les forces de sécurité peuvent-elles résister à la pression exercée par un groupe aussi agile ? Le Burkina Faso est-il en mesure d’éviter que les territoires repris ne se transforment en zones de non-droit une fois les militaires repartis ?

Dans un conflit où l’adversaire adapte sans cesse ses méthodes, la vraie victoire se mesurera à l’aune des résultats tangibles. Pas aux communiqués de presse, pas aux images de célébration. Aux vies sauvées, aux familles protégées et aux territoires où l’État reprend enfin le contrôle.

Et sur ce plan, le temps joue contre Traoré.

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Fanta Ouattara

Éditorialiste