3 ans après Bazoum, Tiani face à la colère de ses propres soldats

3 ans après Bazoum, Tiani face à la colère de ses propres soldats

Le calme est revenu à Niamey, mais il serait trompeur de croire que la crise est terminée. La tentative de renversement du régime du général Abdourahamane Tiani, survenue dans la nuit du 28 au 29 août, a été réprimée, mais elle laisse des fractures profondes au sein de l’armée nigérienne. Des militaires, issus notamment d’unités combattant sur les différents fronts du pays, ont attaqué des points stratégiques de la capitale, dont la base aérienne 101 et des zones proches du palais présidentiel. Pendant plusieurs heures, le pouvoir a vacillé, avant que les forces loyalistes, épaulées par les paramilitaires russes de l’Africa Corps, ne reprennent le contrôle. Cette intervention russe, qui a permis au régime de se maintenir, soulève une question brûlante : comment concilier le discours de souveraineté, qui a justifié le départ des forces françaises et américaines, avec le recours à des troupes étrangères pour mater une rébellion interne ?

Une souveraineté à double standard

Depuis le coup d’État de juillet 2023, Tiani et ses partisans ont bâti leur légitimité sur le rejet de la présence militaire française, présentée comme une atteinte à l’indépendance nationale. Les soldats français sont partis, les Américains ont été priés de quitter le pays, et les accords militaires avec les pays occidentaux ont été dénoncés. Mais aujourd’hui, pour sauver son régime, Tiani a dû faire appel aux Russes de l’Africa Corps, qui ont combattu des soldats nigériens sur le sol nigérien. Ce paradoxe est dévastateur pour un pouvoir qui prétendait restaurer la pleine souveraineté du Niger.

La colère gronde dans les casernes

La mutinerie du 29 août n’est pas un acte isolé. Elle est le symptôme d’un malaise profond dans l’armée, où les soldats engagés sur les fronts jihadistes endurent des pertes lourdes et des conditions difficiles, sans voir de résultats concrets. Après trois ans de pouvoir, Tiani n’a pas tenu ses promesses de sécuriser le pays. Les attaques des groupes liés à l’État islamique et au JNIM se poursuivent, et le ressentiment enfle contre un régime qui semble plus préoccupé par sa survie que par le sort de ses troupes. L’intervention russe, qui a consisté à tirer sur des militaires nigériens pour protéger le pouvoir, a transformé cette frustration en colère, voire en haine. Car si un soldat peut accepter de mourir pour sa patrie, il lui est insupportable de voir des étrangers venir le combattre pour maintenir un régime contesté.

Le protecteur de Bazoum devenu protégé de Moscou

Le parcours de Tiani est marqué par une ironie historique. En renversant le président élu Mohamed Bazoum en 2023, il justifiait son action par la nécessité de libérer le Niger d’un système incapable d’assurer la sécurité. Aujourd’hui, c’est lui qui dépend de forces étrangères pour échapper à ses propres militaires. Il a remplacé la tutelle occidentale par une tutelle russe, ce qui pourrait devenir son talon d’Achille. Il est d’ailleurs permis de s’interroger sur ce qui se serait passé si Bazoum avait accepté l’intervention française que certains de ses proches avaient réclamée. Mais l’histoire a choisi son camp, et Tiani a prospéré sur l’hésitation de son prédécesseur.

L’Algérie, nouveau soutien stratégique

Pour renforcer sa position, Tiani peut désormais compter sur l’Algérie, qui a déployé des moyens militaires à Niamey après la tentative de coup d’État. Bien que les forces algériennes n’aient pas eu à intervenir directement contre les mutins, ce déploiement envoie un signal fort : Tiani n’est plus seul. Moscou assure la protection militaire, Alger apporte un appui stratégique. Mais cette démonstration de force soulève une question inquiétante : combien de puissances étrangères faudra-t-il encore pour maintenir au pouvoir un dirigeant qui perd l’adhésion de sa propre armée ?

Le volcan sous les casernes

La mutinerie du 29 août n’est peut-être que la première éruption d’un volcan qui couve. Les armes russes ont permis à Tiani de gagner cette bataille, mais elles n’ont pas apaisé les frustrations des soldats, ni éliminé les groupes jihadistes, ni ramené les morts à la vie. Elles ont simplement prolongé la survie d’un régime qui doit désormais compter sur des forces étrangères pour se maintenir. Or, un régime peut reprendre une base militaire et arrêter des mutins, mais il ne peut pas indéfiniment gouverner contre une armée qui le perçoit comme un pion entre les mains de puissances étrangères. Tiani devrait donc regarder au-delà des murs de son palais : le véritable danger pour son régime ne se trouve ni à Paris, ni à Washington, mais dans les casernes nigériennes, où la colère ne demande qu’à éclater à nouveau.

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