Abidjan : l’afrique veut transformer ses minéraux critiques en levier de développement

Abidjan : l’afrique veut transformer ses minéraux critiques en levier de développement

Abidjan a accueilli une conférence ministérielle d’envergure pour repenser la gestion des minéraux critiques en Afrique. L’objectif ? Transformer ces ressources stratégiques en un moteur de croissance économique, d’industrialisation et de développement social pour le continent. Au programme : création de valeur locale, financement innovant et structuration de chaînes de valeur régionales pour répondre à la demande mondiale en forte hausse.

Des ministres africains en charge des Mines, de l’Énergie, de l’Industrie, de l’Économie verte et des Ressources naturelles, ainsi que des représentants d’institutions continentales et internationales, se sont réunis pour esquisser une nouvelle stratégie minière africaine. Parmi les participants : la Commission de l’Union africaine, le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, des banques régionales de développement, des institutions financières et des investisseurs internationaux.

Abidjan, épicentre d’une révolution minière africaine

Cette rencontre s’inscrit dans une volonté commune de briser le modèle traditionnel d’exportation de matières premières non transformées. Les pays africains riches en minéraux stratégiques veulent désormais en tirer une valeur ajoutée maximale, en développant des industries locales et en renforçant les partenariats intra-africains. L’enjeu est double : réduire la dépendance aux marchés extérieurs et maximiser les retombées économiques pour les populations.

Selon les organisateurs, l’Afrique détient près de 30 % des réserves mondiales de minéraux essentiels à la transition énergétique : cobalt, lithium, graphite, terres rares, métaux du groupe du platine, cuivre, manganèse et nickel. Une richesse estimée à 29 500 milliards de dollars, dont une partie reste encore inexploitée.

Un appel urgent à la transformation locale des ressources

Le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a souligné l’urgence d’un changement de paradigme dans la gestion des ressources naturelles africaines. Il a plaidé pour une refonte des modèles de financement du développement, estimant que les institutions africaines actuelles ne pèsent que 1 % du bilan mondial des fonds de développement.

« Cette conférence vise à établir un nouveau partenariat pour l’Afrique, afin qu’elle maîtrise mieux ses ressources et en bénéficie directement », a-t-il déclaré. Parmi ses priorités : la transformation locale des matières premières, le développement d’infrastructures résilientes et la création d’emplois qualifiés. « Sans industrialisation, nous continuerons à exporter notre richesse à bas prix », a-t-il ajouté.

La Côte d’Ivoire mise sur ses réserves pour 2030

Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a mis en avant le potentiel minier de son pays. « Près des trois quarts du territoire ivoirien pourraient receler des minéraux critiques », a-t-il révélé. Une manne que le gouvernement compte exploiter pour atteindre l’objectif ambitieux de devenir une nation à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030.

Pour y parvenir, Abidjan a lancé un plan stratégique couvrant la période 2026-2040, avec un budget de 38 000 milliards de francs CFA. Le secteur privé est appelé à financer 88 % de ce programme, marquant une volonté de partenariat public-privé pour dynamiser le secteur.

Une demande mondiale explosive et une opportunité à saisir

La transition énergétique mondiale crée une demande exponentielle en minéraux stratégiques. D’ici 2040, les besoins en lithium pourraient augmenter de 842 %, ceux en métaux du groupe du platine de plus de 1 000 %, et ceux en cuivre de 88 % par rapport à 2023. Une manne colossale pour l’Afrique, si elle parvient à structurer son offre.

Les experts s’accordent sur un point : l’Afrique ne peut plus se contenter d’exporter ses ressources brutes. Elle doit désormais capitaliser sur ses atouts pour intégrer les chaînes de valeur mondiales, créer des emplois locaux et générer une prospérité durable.

Cette conférence d’Abidjan marque ainsi une étape clé dans la quête africaine d’autonomie économique et de souveraineté industrielle.

tribuneaes