Au Niger, la quête d’une eau potable sûre demeure un combat quotidien pour des millions de citoyens. Pourtant, la Nigérienne des Eaux (NDE) traverse une crise multidimensionnelle sans précédent. Un rapport provisoire de la Cour des comptes, portant sur les exercices 2023 et 2024, met en lumière une série de défaillances : contaminations bactériologiques à grande échelle, pénuries récurrentes de produits de traitement et suspicions de mauvaise gestion dans les marchés publics. La capacité de la NDE à garantir la sécurité sanitaire de la population est désormais sérieusement remise en question.
Un réseau de distribution dégradé et une qualité d’eau en deçà des exigences sanitaires
Les contrôles bactériologiques effectués dans diverses localités nigériennes affichent des niveaux de pollution inquiétants, largement supérieurs aux normes édictées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Alors que la tolérance maximale est fixée à 0 UFC/100 ml, les échantillons prélevés dans plusieurs centres urbains révèlent des concentrations critiques :
- Doutchi : 50 100 UFC / 100 ml
- Maradi : 30 200 UFC / 100 ml
- Filingué : 17 120 UFC / 100 ml
Cette situation découle en grande partie de la vétusté du réseau de distribution, long de 6 957 km, qui subit entre 20 000 et 40 000 fuites chaque année. Ces brèches facilitent les infiltrations d’eaux usées et entraînent une baisse de pression dans les canalisations, rendant l’eau impropre à la consommation. À cela s’ajoutent des erreurs dans le dosage du chlore, indispensable à la désinfection : surdosage à Niamey, sous-dosage à Tillabéri ou Dosso.
Des pertes financières colossales et des marchés publics chaotiques
La détérioration du réseau et les retards de livraison d’équipements engendrent des coûts économiques désastreux. Chaque année, environ 17,9 millions de mètres cubes d’eau sont perdus avant même d’être facturés, ce qui représente une perte sèche estimée à 5,3 milliards de francs CFA pour l’État nigérien. Mais ce n’est pas tout : les dysfonctionnements dans les appels d’offres et l’exécution des marchés publics amplifient le problème.
Deux cas emblématiques illustrent ces faiblesses :
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Le marché de matériel de réseau (DAO n° 001/2025) : attribué à la société Nascom pour un montant de 950 millions de francs CFA, ce contrat portait sur la fourniture d’équipements de raccordement. Or, malgré une avance de 250 millions de francs CFA versée en 2025, les livraisons restent bloquées en Tunisie, paralysant tout nouveau raccordement.
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Le renouvellement des produits de traitement (DAO n° 009/2026) : face à l’urgence d’approvisionnement en hypochlorite de calcium, un appel d’offres a été lancé en septembre 2026, mettant en évidence des retards critiques dans l’approvisionnement des usines d’eau.
Une gouvernance défaillante : entre opacité et dysfonctionnements
Le rapport provisoire de la Cour des comptes épingle également des failles profondes dans la gestion interne de la NDE. Les problèmes relevés incluent :
- Des dépenses engagées sans contrôle préalable, échappant à toute logique budgétaire.
- Des promotions accordées hors des grilles d’ancienneté, discréditant les parcours professionnels.
- L’absence totale de programmes de formation certifiante pour les techniciens, privant l’entreprise de compétences techniques cruciales.
Ces lacunes compromettent la capacité de la NDE à offrir un service public fiable et à protéger la santé des populations.
Réformes urgentes ou risque sanitaire et économique majeur
Devant l’ampleur des défaillances, la question n’est plus de savoir si la NDE peut être réformée, mais comment y parvenir rapidement. Le rapport provisoire de la Cour des comptes ouvre une phase contradictoire, mais les Nigériens attendent des actes concrets. Sans une refonte profonde de la gouvernance, de la gestion des réseaux et des marchés publics, le pays risque de s’enfoncer dans une crise sanitaire et financière aux conséquences dévastatrices.
La sécurité de l’eau potable au Niger est-elle encore entre les mains de la Nigérienne des Eaux ?