Une croissance portuaire record malgré les turbulences régionales
Avec un trafic global explosant de 52 % en un an et un transbordement multiplié par plus de trois, le Port autonome de Cotonou (PAC) s’impose comme un acteur incontournable du Golfe de Guinée. Malgré les fermetures de frontières et les tensions diplomatiques qui perturbent les corridors traditionnels, cette plateforme béninoise redessine les flux commerciaux ouest-africains. Comment ce port parvient-il à transformer ces défis en opportunités ?
La diversification des débouchés : un virage stratégique en marche
Longtemps cantonné à son rôle d’interface avec l’hinterland nigérien et burkinabè, le PAC adopte désormais une stratégie ambitieuse : ne plus dépendre d’un seul corridor. Les chiffres sont révélateurs : en 2025, les exportations ont bondi de 74,8 %, tandis que le transbordement a enregistré une hausse spectaculaire de 312,6 %. Au premier semestre 2026, cette tendance se confirme avec un volume de transbordement atteignant 516 558 tonnes, soit une progression de 152,1 % par rapport à 2025.
Cette mutation s’appuie sur trois piliers :
- L’élargissement des marchés cibles : au-delà du Bénin et de l’hinterland, le port cible désormais le Nigeria, le Togo et d’autres pays de la sous-région ;
- Le développement du transbordement : Cotonou ne se contente plus d’importer ou d’exporter, il devient un carrefour de redistribution ;
- La hausse des exportations locales : avec 2,87 millions de tonnes au premier semestre 2026, le PAC soutient la transformation industrielle béninoise, notamment via la production de pétrole brut nigérien.
Le transbordement : nouveau moteur de la performance portuaire
L’explosion du transbordement illustre parfaitement cette réorientation. En 2025, cette activité a été multipliée par plus de quatre, passant de 204 928 à plus de 516 000 tonnes au premier semestre 2026. Ce phénomène traduit une ambition claire : faire de Cotonou un hub de redistribution régionale. Les investissements dans les infrastructures, tels que le Terminal 5 ou l’agrandissement du bassin portuaire, visent précisément à renforcer cette capacité.
Résilience face aux chocs : quand les investissements portent leurs fruits
Le PAC a su tirer parti des perturbations régionales (fermeture de la frontière avec le Niger, tensions diplomatiques) pour accélérer sa modernisation. Avec un programme de transformation estimé à plus de 450 millions d’euros, le port mise sur :
- La digitalisation des processus logistiques ;
- L’amélioration des accès et des quais ;
- L’augmentation de la capacité d’accueil des navires de grande taille ;
- Un financement de 60 milliards de FCFA, notamment pour le Terminal 5 et les infrastructures connexes.
Ces efforts ont permis au port de progresser de près de 100 places dans le Container Port Performance Index de la Banque mondiale, passant du 402e rang en 2023 au 303e en 2024. Une performance qui reflète sa capacité à absorber les chocs tout en maintenant une croissance soutenue.
Un levier économique pour le Bénin et au-delà
L’impact du PAC dépasse largement les frontières de ses terminaux. Chaque tonne traitée génère des retombées économiques multiples : transport, manutention, services douaniers, banques, assurances, et même restauration ou maintenance. Plus de 450 millions d’euros d’investissements à moyen terme renforcent cette dynamique, positionnant le port comme un catalyseur de la compétitivité béninoise.
La Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) incarne cette nouvelle ambition : transformer le Bénin en une économie moins dépendante de la réexportation, et plus axée sur la production et l’exportation de biens transformés. Avec des exportations en hausse de 33,3 % au premier semestre 2026, le PAC joue un rôle clé dans cette transition.
Les défis à relever pour confirmer la dynamique
Malgré ces avancées, des obstacles persistent. Parmi les priorités :
- Améliorer la fluidité des corridors logistiques ;
- Réduire les coûts et les délais de transit ;
- Renforcer la sécurité des infrastructures ;
- Poursuivre la digitalisation des processus ;
- Reconquérir certains marchés de l’hinterland, notamment au Niger.
Ces enjeux seront déterminants pour confirmer Cotonou comme la plateforme logistique incontournable de l’Afrique de l’Ouest.
Vers une nouvelle carte des échanges en Afrique de l’Ouest ?
Le Port de Cotonou n’est plus un simple point de passage : il devient un organisateur des flux commerciaux régionaux. Sa capacité à attirer et redistribuer les marchandises, combinée à sa résilience face aux crises, en fait un modèle à suivre. Pour le Bénin, l’enjeu est double : consolider sa position de hub et faire de cette infrastructure un levier de développement durable.
Les prochaines années seront décisives. Si le PAC parvient à maintenir sa croissance tout en relevant les défis restants, il pourrait bien redéfinir les équilibres commerciaux de la sous-région.