Burkina Faso : les rivalités internes qui minent la junte militaire du capitaine traoré

Burkina Faso : les rivalités internes qui minent la junte militaire du capitaine traoré

À Ouagadougou, derrière les discours de fermeté du capitaine Ibrahim Traoré se cache une réalité bien plus complexe : une lutte de pouvoir discrète mais féroce déchire les hautes sphères de l’armée et du gouvernement de transition. Son avertissement cinglant, « Si quelqu’un merde, je vais te mater sans état d’âme », révèle l’ampleur des tensions qui rongent l’appareil militaire burkinabè.

Des fractures béantes au sein des forces armées

Depuis le renversement du pouvoir en septembre 2022, la cohésion des forces de défense et de sécurité reste un casse-tête pour les autorités. Les dissensions internes s’articulent autour de deux enjeux majeurs : l’organisation des opérations antiterroristes et la répartition des postes clés au sein des états-majors. L’incapacité persistante à endiguer la progression des groupes armés exacerbe les frustrations, transformant les rivalités en un poison lent pour la chaîne de commandement.

Ces clivages se manifestent par une défiance généralisée entre les unités opérationnelles et les officiers supérieurs, certains remettant en cause les orientations stratégiques ou la légitimité même du pouvoir transitoire. Les rumeurs de dissentiment se multiplient, alimentant un climat de suspicion difficile à ignorer.

Une paranoïa sécuritaire qui étouffe les dissidences

Face à cette instabilité larvée, les services de renseignement affiliés à la présidence ont durci leur surveillance des militaires jugés peu fiables ou critiques. Plusieurs arrestations et évictions d’officiers et de sous-officiers ont été recensées ces derniers mois, illustrant une volonté sans équivoque d’écraser toute velléité de rébellion avant qu’elle ne s’enracine.

Cette stratégie de contrôle systématique pousse les cadres à afficher une loyauté ostentatoire, tout en alimentant des débats informels dans les casernes sur l’avenir incertain de la transition. Le capitaine Traoré, conscient du danger que représentent ces divisions, mise sur une rhétorique implacable pour dissuader toute contestation : « Un seul faux pas, et je brise net », martèle-t-il.

L’unité comme bouclier face aux menaces extérieures

Pour le chef de la junte, maintenir une façade d’unité est devenu un impératif stratégique. Dans un contexte où chaque fissure au sommet du pouvoir peut être exploitée par des adversaires politiques ou des acteurs étrangers, la direction du régime s’emploie à resserrer les rangs, quitte à recourir à une fermeté affichée pour étouffer les velléités d’opposition. Pourtant, derrière cette fermeté apparente, les tensions internes continuent de gronder, menaçant de fragiliser encore davantage un pays en proie à une insécurité endémique.

tribuneaes