Cameroun : le bilan accablant d’un pillage financier estimé à des milliers de milliards
Des révélations fracassantes sur l’ampleur de la corruption au Cameroun
Dans une déclaration récente, Issa Tchiroma Bakary a dressé un réquisitoire sévère contre la gestion des ressources publiques au Cameroun. Chiffres à l’appui, il dénonce un système de prédation généralisée touchant les secteurs stratégiques de l’économie nationale. Selon ses analyses, plus de 10 000 milliards de francs CFA se seraient volatilisés entre l’exploitation de l’or, du pétrole et des ressources forestières.
Le pillage systématique des ressources naturelles
Le premier volet de ce scandale concerne les richesses du sous-sol. Issa Tchiroma Bakary pointe du doigt la gestion opaque de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH). Depuis quatre décennies, des recettes pétrolières massives auraient échappé à tout contrôle parlementaire ou budgétaire. Des cargaisons entières auraient disparu, tandis que le pétrole brut aurait été bradé à des entreprises comme Glencore à des prix dérisoires. Le secteur forestier n’est pas épargné, avec environ 80 % du bois vendu de manière illicite, souvent avec la complicité tacite de structures étatiques. Rien que pour l’or, le préjudice est estimé à 2 000 milliards de francs CFA.
Détournements budgétaires et fonctionnaires fantômes
L’enquête met également en lumière des malversations directes via les finances publiques. Les lignes budgétaires 65 et 94, pour la période 2012-2021, affichent un trou béant de 5 400 milliards de francs CFA sans aucune justification. Par ailleurs, le phénomène des agents fictifs continue de saigner les caisses de l’État : plus de 20 000 fonctionnaires fantômes auraient été rémunérés pendant des années, causant une perte annuelle de près de 200 milliards. Des projets d’envergure tels que l’autoroute Yaoundé-Douala, la CAN 2021 ou la gestion des fonds COVID auraient également fait l’objet de surfacturations documentées dépassant les 500 milliards.
Une fraude institutionnalisée au port et aux douanes
Le secteur douanier et fiscal est au cœur d’un système de fraude complexe. En 2023 uniquement, des flux financiers suspects de l’ordre de 1 665 milliards de francs CFA ont été identifiés. Au port de Douala, les mécanismes de scanning gérés par la SGS et d’autres entités illustrent, selon le déclarant, une lutte entre clans pour le contrôle d’une fraude devenue institutionnelle. Sur six ans, la fraude douanière documentée s’élèverait à plus de 1 246 milliards de francs CFA.
L’enrichissement illicite et le coût social du pillage
Enfin, Issa Tchiroma Bakary dénonce l’accumulation de fortunes personnelles colossales par les proches du pouvoir. Des actifs immobiliers en France, évalués à des centaines de millions d’euros, ainsi que des biens luxueux à Dubaï et des séjours somptueux à Genève, témoignent d’un train de vie déconnecté de la réalité du peuple camerounais. Le montant total de cette prédation pourrait atteindre, selon des estimations d’experts, jusqu’à 80 000 milliards de francs CFA dans un scénario large.
« Avec 26 000 milliards de francs CFA, le Cameroun aurait pu financer 36 ans de salaires pour tous ses enseignants, soignants et soldats, ou construire des milliers d’hôpitaux », souligne-t-il. Face à cette situation, l’heure n’est plus à l’amnistie : chaque responsable devra répondre de ses actes devant la justice nationale et internationale.