Cameroun : l’État centralise la gestion des impôts locaux
Une réforme fiscale controversée au Cameroun
Le gouvernement camerounais a récemment retiré aux communes leur autonomie en matière de collecte des impôts et taxes locales, confiant cette mission à la Direction générale des impôts. Officiellement, cette décision vise à lutter contre les fraudes et les irrégularités qui ont entaché la gestion des finances locales ces dernières années.
Pourtant, cette réforme semble en contradiction avec les engagements pris en faveur de la décentralisation. Dans plusieurs régions, comme l’Est du Cameroun, les populations se retrouvent désormais dans l’expectative, alors que les besoins en infrastructures et services publics restent criants. Les routes sont souvent impraticables, l’accès aux villages difficile, et les équipements manquent cruellement.
Des avis partagés sur la centralisation fiscale
Les partisans d’une gestion centralisée
À Doumaintang, dans l’Est du Cameroun, le maire Honoré Koumé se réjouit de cette réforme. Pour lui, elle mettra fin aux nombreuses dérives observées dans la collecte locale des impôts. « Il faut reconnaître, et personne ne le contestera, que les irrégularités étaient fréquentes, tant du côté des agents que dans la gestion des procédures. Résultat : un taux d’évasion fiscale très élevé. Les tensions entre les collecteurs et les commerçants, notamment dans les marchés ou avec les motos-taxis, illustrent parfaitement ces difficultés », explique-t-il.
Selon lui, la Direction générale des impôts dispose des moyens logistiques, humains et techniques nécessaires pour assurer une collecte plus rigoureuse et transparente. Une expertise qui, selon lui, fait défaut aux communes.
Les sceptiques de la réforme
À Betaré-Oya, le maire Nicolas Baba exprime, quant à lui, des réserves. Pour lui, la décentralisation doit s’exercer de manière concrète et progressive, en partant de la base. « Nous avons promis des projets à nos populations, mais nous sommes loin de les réaliser. La décentralisation devait enfin permettre aux choses de bouger au niveau local. Aujourd’hui, devons-nous tout suspendre en attendant que les règles s’éclaircissent ? »
Il craint que cette réforme ne privent les communes d’une source essentielle de revenus, freinant ainsi leur capacité à répondre aux besoins immédiats de leurs administrés.
Un impact à mesurer sur le développement local
Cette réforme s’inscrit dans une volonté de l’État de mieux contrôler les finances locales. Plusieurs communes, dont Nkongsamba, ont été touchées ces dernières années par des scandales de détournements, de mauvaise gestion ou d’irrégularités budgétaires. En recentralisant la collecte des impôts, le gouvernement cherche à rétablir la confiance et à garantir une utilisation plus transparente des fonds publics.
Dans les 360 communes du Cameroun, les prochains mois seront décisifs pour évaluer les conséquences de cette mesure. Les populations attendent des réponses, tandis que les maires tentent d’adapter leurs stratégies. Une chose est sûre : cette réforme pourrait redéfinir l’équilibre des pouvoirs entre l’État central et les collectivités locales.