Cameroun : six mois de détention en plus pour l’opposant Djeukam Tchameni
L’opposant camerounais Djeukam Tchameni voit sa détention provisoire prolongée pour une nouvelle période de six mois, une décision immédiatement dénoncée par ses avocats. Actif dans le soutien à Issa Tchiroma Bakary lors du scrutin présidentiel du 12 octobre 2025, il avait été interpellé avant même l’officialisation des résultats. Les charges retenues contre lui, notamment l’atteinte à la sûreté de l’État, sont fréquemment utilisées par le parquet militaire camerounais pour étouffer les dissidences politiques.
Me Jean Joseph Claude Siewe, son défenseur, dénonce une procédure entachée d’irrégularités majeures. Selon l’avocat, l’enquête n’a produit aucun élément concret susceptible d’étayer les accusations, renforçant l’hypothèse d’un dossier monté de toutes pièces pour des raisons politiques. La prolongation de sa détention, alors que l’instruction n’a abouti à aucune preuve tangible, alimente les soupçons d’une justice instrumentalisée.
Un climat politique tendu après l’élection de 2025
L’arrestation de Djeukam Tchameni s’inscrit dans un contexte post-électoral particulièrement agité. Le scrutin d’octobre 2025, marqué par une forte mobilisation en faveur d’Issa Tchiroma Bakary – ancien membre du gouvernement rallié à l’opposition – a été suivi de contestations massives avant même l’annonce des résultats. Plusieurs proches du candidat défait ont fait l’objet de mesures restrictives : placements en détention, assignations à résidence ou interdiction de quitter le territoire.
L’accusation d’atteinte à la sûreté de l’État joue ici un rôle clé. En droit camerounais, cette qualification permet de transférer le dossier devant un tribunal militaire, une juridiction d’exception régulièrement critiquée par les défenseurs des droits humains pour son usage abusif contre les opposants. Ce mécanisme allonge systématiquement les procédures et limite les possibilités de recours pour les accusés.
La défense dénonce un non-respect des procédures
Pour Me Siewe, la prolongation de la détention repose sur des fondements juridiques fragiles. Selon le Code de procédure pénale camerounais, une telle mesure doit être motivée par la nécessité d’actes d’instruction supplémentaires. Or, la défense affirme que ces conditions ne sont pas remplies, soulignant également l’absence de débat contradictoire préalable à la décision. Une telle omission constituerait, selon elle, une violation flagrante des droits de la défense.
L’avocat promet d’épuiser toutes les voies de recours possibles, y compris une demande de libération sous conditions. Pourtant, l’expérience judiciaire camerounaise montre que les tribunaux sont rarement enclins à accéder à ces requêtes dans les affaires liées à la sécurité nationale. Des précédents récents illustrent cette tendance : plusieurs accusés poursuivis pour des faits similaires ont passé des années en détention provisoire avant d’être jugés.
Un avertissement à l’opposition camerounaise
Au-delà du cas personnel de Djeukam Tchameni, cette décision envoie un signal fort à l’ensemble de l’opposition camerounaise. Le maintien en détention d’un proche d’Issa Tchiroma Bakary envoie un message clair : toute contestation des résultats électoraux ou toute mobilisation politique risquée expose à des poursuites prolongées. Plusieurs observateurs internationaux et organisations régionales suivent ce dossier de près, bien que leur position publique reste discrète sur cette prolongation.
Pour le camp Tchiroma, l’enjeu dépasse le cadre judiciaire. Conserver une visibilité médiatique sur les cadres emprisonnés, documenter les irrégularités dénoncées et internationaliser la cause font partie d’une stratégie visant à faire pression sur les autorités. À l’inverse, le pouvoir en place mise sur l’effet temps pour affaiblir les soutiens et marginaliser les figures les plus visibles. Cette prolongation de six mois offre ainsi à l’accusation un délai supplémentaire pour consolider un dossier dont la solidité est ouvertement contestée par la défense.