La signature du nouveau pacte de convergence de l’UEMOA par Alassane Ouattara, rendue officielle en octobre 2026, marque une rupture avec des années de laxisme budgétaire dans la région. Pour la Côte d’Ivoire, première puissance économique de l’union avec près de 40 % du PIB communautaire, cet engagement n’est pas anodin : il engage la trajectoire d’endettement d’Abidjan et, par extension, la stabilité du franc CFA fixé à l’euro.
Un cadre revisité après l’effondrement des critères de Maastricht en Afrique de l’Ouest
Le précédent pacte, adopté en 2015 et maintes fois reporté, imposait des règles strictes : déficit public limité à 3 % du PIB, dette publique sous 70 %, inflation sous 3 %, et absence d’arriérés de paiement. Aucun État membre n’a respecté ces critères de manière continue depuis 2020. Entre la crise sanitaire, la remontée des taux d’intérêt mondiaux, et la révision à la hausse de la dette sénégalaise en 2024, le dispositif a perdu toute crédibilité. Les ratios de dette dépassent désormais 80 % au Sénégal et frôlent ou dépassent les 60 % en Côte d’Ivoire et au Togo, tandis que les taux des émissions souveraines sur le marché régional ont atteint 7 % pour les maturités longues en 2024-2025. Face à cette crise de confiance, le nouveau pacte vise à rétablir une discipline budgétaire indispensable au maintien de la parité fixe avec l’euro et à la concrétisation du projet de monnaie Eco, déjà retardé à plusieurs reprises.
Des économies ouest-africaines sous haute tension : des réalités divergentes
L’adhésion d’Alassane Ouattara prend tout son sens : la Côte d’Ivoire, dont la croissance oscille entre 6 % et 7 % depuis dix ans, est l’économie la plus dynamique de la zone. En s’engageant dans une rigueur accrue, Abidjan rassure les agences de notation et les institutions financières, notamment le FMI, avec lequel le pays a signé un programme de crédit de 3,5 milliards de dollars en 2023. Pourtant, les sept autres membres de l’UEMOA n’ont pas la même marge de manœuvre.
Le Sénégal fait face à une dette réévaluée à la hausse par ses nouvelles autorités, conduisant le FMI à geler temporairement ses versements en 2024. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, en proie à l’insécurité sahélienne et à des tensions avec la CEDEAO, voient leurs dépenses militaires peser lourdement sur leurs budgets. Le Bénin, mieux noté sur les marchés, et le Togo, qui a effectué plusieurs levées obligataires réussies, se trouvent dans une situation intermédiaire. Quant à la Guinée-Bissau, elle reste sous programme d’ajustement structurel.
UEMOA : la BCEAO face à l’épreuve de la crédibilité retrouvée
Au-delà des chiffres, l’enjeu porte sur la capacité de la Commission de l’UEMOA à faire appliquer ce nouveau cadre. Le dispositif précédent prévoyait des audits semestriels et des mises en demeure, mais leur efficacité a été limitée faute de sanctions concrètes. Avec l’engagement public de la Côte d’Ivoire, la pression sur les autres États s’accroît : il devient plus difficile pour eux de contourner les règles sans encourir un coût politique.
La BCEAO, basée à Dakar, se retrouve en première ligne. L’institution doit préserver ses réserves de change, tombées à cinq mois d’importations en 2024, tout en continuant à financer les États via le marché des titres publics. Un pacte crédible lui offre une marge de manœuvre pour maintenir une politique monétaire équilibrée après plusieurs hausses de son taux directeur depuis 2022. Les premiers tests viendront des revues conjointes avec la Commission prévues d’ici la fin de l’année, ainsi que de la capacité des huit capitales à traduire le texte signé en lois de finances conformes.