Côte d’Ivoire lance une fiscalité carbone pour un avenir écologique et économique

Côte d’Ivoire lance une fiscalité carbone pour un avenir écologique et économique

La Côte d’Ivoire engage une révolution verte avec une taxation carbone innovante

Le gouvernement ivoirien franchit une étape historique en instaurant une stratégie nationale de taxation carbone, conçue pour transformer radicalement son modèle économique et environnemental. Pilotée par le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, cette initiative audacieuse a pour ambition de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre (GES) tout en accélérant la transition vers une économie durable.

Un diagnostic alarmant et des enjeux climatiques pressants

Malgré une croissance économique soutenue depuis la crise sanitaire, la Côte d’Ivoire fait face à une hausse préoccupante de son intensité carbone. Entre 1990 et 2024, l’indice est passé de 0,15 à 0,18 tonne de CO₂ par millier de dollars produit, reflétant une dépendance accrue aux énergies fossiles, une industrialisation rapide et des pratiques agricoles émettrices. Les conséquences du réchauffement climatique, déjà visibles, menacent directement des secteurs clés comme l’agriculture, moteur de l’emploi et du PIB.

Une feuille de route alignée sur les normes internationales

Cette réforme s’inscrit dans la droite ligne des engagements climatiques de la Côte d’Ivoire, notamment sa Contribution Déterminée au Niveau National (CDN 3.0). L’objectif est ambitieux : réduire les émissions de GES de 33,07 % en autonomie, et jusqu’à 74 % avec un appui extérieur, d’ici 2035. Elle s’articule également avec les réformes négociées auprès du Fonds Monétaire International, dans le cadre de la Facilité pour la Résilience et la Durabilité (FRD).

Des outils fiscaux existants, mais insuffisants

Avant cette initiative, la Côte d’Ivoire disposait déjà de mécanismes fiscaux environnementaux, comme des taxes sur les produits pétroliers ou des redevances forestières et minières. Toutefois, leur portée restait limitée, cantonnée à la collecte de recettes plutôt qu’à la promotion d’une économie bas carbone. La nouvelle stratégie vise à renforcer leur impact incitatif, encourageant entreprises et citoyens à adopter des comportements plus respectueux de l’environnement.

Une taxe carbone progressive, pensée pour l’équité sociale

Le dispositif ciblera principalement les carburants fossiles, à l’exception du gaz butane. Les projections révèlent un potentiel de réduction des émissions de CO₂ : une taxe initiale de 8 dollars par tonne pourrait éviter l’émission de 200 000 tonnes, tandis qu’un taux de 50 dollars permettrait d’économiser jusqu’à 1,2 million de tonnes. Une hausse des prix des carburants est anticipée, mais le gouvernement promet des mesures compensatoires pour en atténuer l’impact.

Des recettes redistribuées au service de la transition écologique

Les fonds générés par cette fiscalité seront réinvestis en priorité dans l’électrification universelle et le développement des énergies renouvelables. Une partie des recettes servira à subventionner des cuisinières à gaz ou solaires, réduisant ainsi la dépendance au charbon de bois. Des aides directes seront également attribuées aux ménages vulnérables, tandis que des programmes de formation professionnelle accompagneront les travailleurs des secteurs impactés. Enfin, des avantages fiscaux seront accordés aux véhicules propres et des infrastructures de recharge seront déployées.

Un déploiement progressif et méthodique

La mise en œuvre de cette stratégie s’étendra sur près d’une décennie, en trois phases distinctes :

  • 2026-2027 : Finalisation du cadre juridique, institutionnel et technique nécessaire.
  • 2028-2029 : Entrée en vigueur progressive de la taxe carbone, avec un taux modéré pour en tester l’efficacité.
  • 2030-2035 : Consolidation du dispositif, évaluation continue et ajustements pour maximiser son impact.

Avec cette approche intégrée, la Côte d’Ivoire cherche à concilier croissance économique, justice sociale et préservation de l’environnement, répondant ainsi à l’urgence climatique tout en renforçant sa résilience.

Pourquoi cette réforme est-elle un tournant pour la Côte d’Ivoire ?

Cette stratégie marque un changement de paradigme : passer d’une fiscalité environnementale passive à un levier actif de transformation. En combinant réduction des émissions, soutien aux ménages et investissements verts, la Côte d’Ivoire se positionne comme un acteur clé de la lutte contre le changement climatique en Afrique de l’Ouest.

tribuneaes