Côte d’Ivoire : le giaba renforce la lutte régionale contre le blanchiment à Abidjan
Abidjan, capitale africaine de la lutte financière
La Côte d’Ivoire a ouvert hier à Cocody les travaux de la 45ᵉ session plénière du Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), en présence d’experts, de représentants des États membres de la CEDEAO et de partenaires internationaux. Cet événement majeur, organisé en collaboration avec les autorités ivoiriennes, marque une étape clé dans l’évaluation des dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT) dans la sous-région.
Une plateforme stratégique pour l’Afrique de l’Ouest
Cette édition de la Commission technique du GIABA s’articule autour de plusieurs axes prioritaires. Les participants examineront les rapports d’évaluation des États membres dans le cadre du deuxième cycle d’évaluations mutuelles, tout en analysant les rapports de typologies produits par le Groupe de Travail sur les Risques, Tendances et Méthodes (RTMG). Les travaux incluront également les activités du Forum des Cellules de Renseignements Financiers (FCRF) et les mécanismes d’assistance technique proposés aux pays engagés dans cette lutte.
La Côte d’Ivoire à l’avant-garde des réformes financières
Représentant le ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, le ministre Moussa Sanogo a réaffirmé l’engagement du gouvernement ivoirien dans la consolidation du dispositif régional. « Notre pays assume pleinement son rôle dans la sous-région. Sous la direction du Président Alassane Ouattara, nous avons choisi d’agir avec rigueur, transparence et détermination », a-t-il déclaré. Plusieurs réformes structurelles ont été engagées pour aligner le cadre national sur les normes du Groupe d’Action Financière (GAFI), malgré la complexité croissante des réseaux criminels transnationaux.
Le ministre a souligné l’importance d’une coopération sous-régionale renforcée pour faire face aux nouvelles formes de criminalité financière. « Aucun pays ne peut réussir seul. Notre efficacité repose sur l’échange d’informations, la confiance mutuelle et une volonté politique constante », a-t-il ajouté. Il a également mis en avant le lien entre la lutte contre le blanchiment et les enjeux de développement, de stabilité économique et de paix.
Moussa Sanogo a également rappelé que l’assainissement des systèmes financiers est essentiel pour renforcer l’attractivité des États ouest-africains et sécuriser les investissements, tant nationaux qu’étrangers.
Les défis technologiques au cœur des débats
La présidente de la Commission technique du GIABA, Hafsat Abubakar Bakari, a salué les progrès accomplis par la Côte d’Ivoire en matière de gouvernance financière et d’interopérabilité des données LBC/FT. Plusieurs États membres ont enregistré des avancées notables grâce à la modernisation de leurs cadres législatifs et de leurs Cellules de Renseignement Financier.
Cependant, elle a alerté sur les nouvelles menaces liées aux technologies émergentes, telles que l’intelligence artificielle générative, les deepfakes et les identités synthétiques, utilisées par les réseaux criminels pour contourner les procédures de vérification. « Nos systèmes de détection, nos obligations de déclaration et la formation des enquêteurs doivent évoluer pour contrer ces risques », a-t-elle recommandé.
Elle a également insisté sur la nécessité de renforcer la transparence autour des bénéficiaires effectifs des entités juridiques, un enjeu central du troisième cycle d’évaluations mutuelles du GIABA.
Des avancées encourageantes et des défis persistants
La présidente a salué les progrès réalisés par certains États membres, notamment le Burkina Faso, le Mali et le Nigeria, récemment sortis de la liste grise du GAFI. Elle a encouragé le GIABA à poursuivre son accompagnement technique auprès de la Côte d’Ivoire pour accélérer une éventuelle sortie de cette liste.
Cette rencontre régionale devrait aboutir à des recommandations concrètes pour renforcer les mécanismes de prévention, de détection et de répression des flux financiers illicites au sein de la CEDEAO, dans un contexte marqué par l’intensification des menaces sécuritaires et technologiques en Afrique de l’Ouest.