Crise alimentaire Sahel et corne de l’Afrique : des millions de personnes en danger

Crise alimentaire Sahel et corne de l’Afrique : des millions de personnes en danger

urgence humanitaire sans précédent au Sahel et en corne de l’Afrique

Le Sahel central (Mali, Niger, Burkina Faso) et la corne de l’Afrique subissent une accumulation de crises sans précédent. Pauvreté extrême, inégalités profondes, bouleversements climatiques et flambée des prix des denrées alimentaires, du carburant et des engrais aggravent dramatiquement la situation.

En 2024, 7,2 millions de personnes au Sahel central sont en crise alimentaire. Parallèlement, 31,5 millions de personnes souffrent de la faim en Éthiopie, au Kenya, en Somalie et au Soudan du Sud, des pays dévastés par une sécheresse historique. Dans certains pays comme le Soudan du Sud ou la Somalie, c’est près d’une personne sur deux qui est touchée.

– les chiffres clés de la crise –

1 personne sur 2

souffre de la faim au Soudan du Sud
et en Somalie
.

45,74 millions

Plus de 45,74 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire en Éthiopie, au Kenya, en Somalie et au Soudan du Sud.

24 millions

24 millions de personnes manquent d’eau en Somalie, Éthiopie et Kenya, ce qui favorise la résurgence d’épidémies comme le choléra ou la rougeole.

– les causes de cette crise alarmante –

une situation qui s’aggrave : climat, conflits et inégalités

Des besoins humanitaires records au Sahel et en corne de l’Afrique

Deux crises humanitaires majeures secouent actuellement l’Afrique. Au Sahel central, la situation se dégrade à un rythme alarmant. 25 % de la population sahélienne, soit 24 millions de personnes (incluant le Tchad), nécessite une assistance d’urgence : accès à l’eau, nourriture, abris, soins, éducation et protection.

En corne de l’Afrique, 31,5 millions de personnes sont en insécurité alimentaire aiguë, notamment au Kenya, en Éthiopie, au Soudan du Sud et en Somalie. Dans ce dernier pays, 6,5 millions de personnes (40 % de la population) sont concernées, avec des milliers de personnes déjà en situation de famine ou au bord de l’y basculer.

Le Soudan du Sud, intégré à la corne de l’Afrique élargie, compte plus de 7,7 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë, soit plus de la moitié de sa population.

L’insécurité alimentaire aiguë désigne une situation où la vie ou les moyens de subsistance d’une personne sont menacés faute d’accès suffisant à une alimentation adaptée.

La famine représente un stade encore plus grave, selon les classifications internationales. Les ménages y subissent un manque extrême d’accès à la nourriture et aux besoins essentiels, malgré l’adoption de stratégies d’adaptation. Une zone déclarée en famine se caractérise par des niveaux critiques de malnutrition et de mortalité.

le changement climatique, un accélérateur de la crise

Le Mali traverse la pire crise alimentaire et nutritionnelle des dix dernières années, avec un risque d’aggravation rapide dans les zones touchées. Les causes ? Des soudures pastorales et agricoles précoces, des stocks épuisés, des pâturages dégradés, une hausse des prix et l’insécurité persistante. Au Niger, ces mêmes facteurs ont entraîné une chute de 40 % de la production céréalière. Si le réchauffement climatique dépasse 2 °C, la production de millet et de sorgho pourrait encore chuter de 25 %. Au Burkina Faso, cette hausse des températures réduirait la production céréalière de 15 % à 25 %.

Les phénomènes météorologiques extrêmes, de plus en plus fréquents, limitent la capacité des populations pauvres à résister à la faim et aux chocs futurs, en particulier dans les pays à faible revenu.

La Somalie, le Soudan du Sud, l’Éthiopie et le Kenya subissent la pire sécheresse de leur histoire. En 2023, une sixième année consécutive de pluies insuffisantes ou absentes a été enregistrée, avec des prévisions tout aussi alarmantes pour 2024. En Somalie et au Soudan du Sud, le pic de famine est attendu pour avril 2024.

Les sols, trop secs, ne peuvent absorber les pluies lorsqu’elles surviennent, provoquant des inondations dévastatrices. En 2023 et début 2024, ces intempéries ont causé des pertes humaines et affecté 350 000 personnes en Éthiopie, au Kenya et en Somalie. Elles ont également submergé plus de 1 000 hectares de terres agricoles, fragilisant davantage les économies locales.

Les modèles climatiques prévoient des pluies plus rares pour les saisons de mars à mai 2024, prolongeant les conditions de sécheresse dans certaines régions d’Éthiopie, du Kenya, du Soudan du Sud et de la Somalie.

inégalités et discriminations : des facteurs aggravants

Le Sahel, riche en potentiel humain et économique, est confronté à une crise multidimensionnelle. Les inégalités structurelles alimentent les tensions et les conflits : politiques, économiques, climatiques, alimentaires et sécuritaires. Les femmes, en particulier les agricultrices, sont les plus vulnérables face à ces crises. Au Mali, bien que plus de 50 % des femmes travaillent dans l’agriculture, seulement 5 % en sont propriétaires, en raison de discriminations patriarcales profondes.

Les actions menées par les ONG visent à réduire les inégalités touchant les femmes et les jeunes filles, populations les plus exposées aux crises.

« Le projet offre aux femmes vulnérables sans accès à la terre la possibilité de cultiver une parcelle dans une ferme collective. Nous sommes 50 femmes à travailler sur le site. L’ONG ATAD nous fournit des semences. J’ai appris à produire du bio avec des techniques respectueuses de l’environnement. »

Luda Alizeta Sawadogo du Burkina Faso, agricultrice

agricultrice au Burkina FasoÂgée de 55 ans, veuve et mère de huit enfants, Alizeta Sawadogo cultive des céréales depuis toujours. Face à la baisse des rendements due au changement climatique, elle a diversifié ses activités avec le soutien des ONG ATAD et Oxfam. Elle a obtenu une parcelle dans une ferme collective gérée par ATAD, lui permettant d’apprendre des techniques horticoles adaptées.

Le financement des dix zones les plus exposées aux risques climatiques, dont le Burkina Faso et le Niger, reste insuffisant. Une étude d’Oxfam révèle que seulement 40 % des besoins ont été couverts entre 2000 et 2021, avec moins de 20 milliards de dollars alloués sur les 31,6 milliards requis. Pourtant, les pays du G7 et la Russie sont responsables de 85 % des émissions mondiales depuis 1850, soit 850 fois les émissions cumulées du Kenya, de l’Éthiopie, de la Somalie et du Soudan du Sud.

Cette disparité illustre l’urgence d’agir pour réduire les inégalités climatiques et soutenir les populations les plus vulnérables.

les solutions proposées par les organisations humanitaires

des actions concrètes pour sauver des vies

Entre mars 2022 et avril 2023, Oxfam est venue en aide à 850 000 personnes en corne de l’Afrique. L’organisation collabore avec des partenaires locaux pour soutenir les populations les plus touchées en Éthiopie, au Kenya, en Somalie et au Soudan du Sud.

En 2024, Oxfam prévoit d’étendre son assistance à 1 309 694 personnes affectées par la sécheresse en Afrique de l’Est, dont 420 000 en Somalie et au Somaliland. Le soutien du public est essentiel pour poursuivre ces efforts.

Les principales actions d’Oxfam en corne de l’Afrique :

  • Aide alimentaire : lorsque les marchés le permettent, Oxfam distribue des liquidités ou des bons d’achat pour permettre aux communautés d’acheter des produits essentiels. L’organisation soutient également les projets agricoles avec du fourrage, des vaccins pour le bétail, des semences et outils résistants à la sécheresse, ainsi que des formations pour une production climatique adaptée.
  • Accès à l’eau : Oxfam garantit un accès suffisant à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène pour réduire les risques sanitaires.
  • Protection : les actions varient selon les contextes locaux. Par exemple, au Kenya, Oxfam fournit des produits d’hygiène, forme les communautés à la production de savon et offre des machines à coudre.

des mesures politiques urgentes

Oxfam souligne les liens entre inégalités, crise alimentaire et réchauffement climatique. Des changements politiques majeurs sont nécessaires pour endiguer ces crises.

Selon Oxfam, un impôt de 1 % sur les profits des entreprises du secteur des énergies fossiles générerait 10 milliards de dollars, couvrant la plupart des déficits de financement des appels humanitaires de l’ONU liés à l’insécurité alimentaire.

L’annulation de la dette des États vulnérables permettrait aux gouvernements de libérer des ressources pour investir dans la lutte contre le changement climatique. La France doit également s’assurer que les plans de réponse humanitaire sont suffisamment financés pour répondre aux besoins urgents des populations.

tribuneaes