Crise politique au Sénégal : le conseil constitutionnel saisi contre Sonko

Crise politique au Sénégal : le conseil constitutionnel saisi contre Sonko

Une requête historique déposée devant les « sages »

Une coalition de parlementaires d’opposition a franchi une étape décisive en contestant, devant le Conseil constitutionnel, la réintégration d’Ousmane Sonko comme député. Ce recours, déposé hier, vise à obtenir l’annulation de la décision prise le 24 mai par le Bureau de l’Assemblée nationale, qui a rétabli son mandat parlementaire avant son élection à la présidence de l’institution. Les signataires, une vingtaine de députés non-inscrits et d’opposition, s’appuient sur l’article 54 de la Constitution, qu’ils estiment avoir été violé.

Un argumentaire juridique fondé sur l’incompatibilité des fonctions

Selon les requérants, Ousmane Sonko, après avoir été nommé Premier ministre puis élu député en 2024, se trouvait dans une situation d’incompatibilité constitutionnelle. En conservant ses fonctions gouvernementales, il aurait, selon eux, renoncé à son mandat parlementaire, rendant sa réintégration illégale. Ils dénoncent une manœuvre contraire au principe de séparation des pouvoirs et exigent que le Conseil constitutionnel rétablisse l’ordre constitutionnel.

Les députés soulignent également un obstacle procédural majeur : l’absence de communication des pièces justificatives. Malgré des sommations d’huissier, le Secrétaire général et le Premier Vice-Président de l’Assemblée nationale auraient refusé de leur remettre l’acte de réintégration et le procès-verbal de la séance du 26 mai 2026. Une entrave, selon eux, à la transparence démocratique et aux droits des élus.

Un contexte politique explosif

Cette saisine intervient dans un climat politique particulièrement tendu. Ousmane Sonko, limogé de son poste de Premier ministre le 22 mai 2026, a été élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai avec 132 voix sur 133 suffrages exprimés, succédant à El Malick Ndiaye. L’opposition, qui avait boycotté le scrutin, dénonce un « coup d’État constitutionnel » et réclame une intervention des « sages » pour rétablir la légalité.

Sur le plan juridique, le débat reste vif. Certains experts estiment que l’article 54 ne prévoit ni suspension ni réintégration automatique, mais impose simplement une incompatibilité dont les conséquences institutionnelles doivent être tirées. D’autres s’appuient sur l’article 123 du règlement intérieur, qui encadre le remplacement des députés appelés à exercer des fonctions gouvernementales.

Une recevabilité contestée

Une incertitude plane sur l’admissibilité du recours. Plusieurs figures de l’opposition, dont Aïssata Tall Sall, ont rappelé que seuls le président de la République ou le président de l’Assemblée nationale peuvent saisir directement le Conseil constitutionnel. La présidence a d’ailleurs démenti toute initiative en ce sens. Le Conseil devra donc trancher en premier lieu sur sa propre compétence avant d’examiner le fond.

Cette affaire pourrait redéfinir les équilibres institutionnels au Sénégal, où les tensions politiques atteignent des niveaux inédits.

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