Crise politique au Sénégal : Sonko contre Faye, un duel aux enjeux majeurs

Crise politique au Sénégal : Sonko contre Faye, un duel aux enjeux majeurs

crise politique au Sénégal : Sonko contre Faye, un duel aux enjeux majeurs

L'ancien Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko (à gauche) et le président Bassirou Diomaye Faye (à droite) au palais présidentiel de Dakar, le 16 octobre 2025.

Le Sénégal traverse une phase de tensions politiques sans précédent. Le 22 mai, le président Bassirou Diomaye Faye a pris la décision radicale de limoger son Premier ministre historique, Ousmane Sonko, ainsi que l’ensemble du gouvernement. Une décision qui marque un tournant dans l’équilibre des forces au sommet de l’État.

Dès hier, Ousmane Sonko a retrouvé son siège de député, tandis que le président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, a annoncé sa démission. La prochaine étape ? L’élection, demain mardi, du successeur de Malick Ndiaye. Et selon les dernières informations, Ousmane Sonko pourrait bien occuper ce poste. Une situation qui annonce un affrontement direct entre l’exécutif et le législatif.

une rupture annoncée depuis des mois

La séparation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko n’est pas une surprise. Plusieurs observateurs sénégalais avaient pressenti cette issue. Comme le souligne l’analyste sénégalais, « la dynamique Faye-Sonko portait en elle une contradiction fondamentale. Pas par manque de talent ni par divergence idéologique, mais parce qu’un pouvoir exécutif ne peut se permettre deux leaders aux ambitions parallèles. L’histoire africaine, de Nkrumah à Sankara, en passant par Modibo Keïta ou Laurent-Désiré Kabila, montre que les cohabitations au sommet mènent invariablement à l’affaiblissement de l’un ou à la chute des deux. »

des mois de tensions et de fractures

Les premières fissures sont apparues dès juillet 2024, lorsque Ousmane Sonko a évoqué un « problème d’autorité », reprochant au président de ne pas suffisamment le soutenir face aux critiques. La rupture définitive est intervenue après une séance houleuse à l’Assemblée nationale, où l’ex-Premier ministre a publiquement remis en cause plusieurs décisions présidentielles, allant jusqu’à qualifier de « faute » la gestion des fonds politiques par Bassirou Diomaye Faye.

une guerre des pouvoirs aux conséquences lourdes

La question se pose désormais : Ousmane Sonko deviendra-t-il le principal opposant au président ? Avec une popularité intacte, il représente une menace sérieuse pour Bassirou Diomaye Faye. L’arène politique pourrait se déplacer à l’Assemblée nationale, où s’annonce un bras de fer entre les deux hommes. Moussa Diaw, professeur de sciences politiques à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, met en garde : « Le risque d’un blocage institutionnel est réel, alors que l’exécutif doit faire adopter quatre réformes majeures : la révision de la Constitution, la Cour constitutionnelle, les partis politiques et la création d’une Commission électorale indépendante. Une paralysie serait catastrophique. »

Les analystes locaux soulignent que Ousmane Sonko, leader du Pastef, contrôle désormais le législatif, tandis que Bassirou Diomaye Faye dirige l’exécutif. Une configuration qui annonce une bataille sans merci pour les élections locales de 2027 et la présidentielle de 2029. Une incertitude qui pèse lourdement sur les Pastefistes, notamment les jeunes, qui avaient placé leur confiance dans le duo Faye-Sonko.

Sonko en position de force ?

Les spécialistes s’accordent à dire que Ousmane Sonko pourrait sortir vainqueur de cette confrontation. Adrien Poussou, ancien ministre centrafricain de la Communication et analyste géopolitique, explique : « Le Pastef domine la scène sénégalaise grâce à une base militante jeune et mobilisée, ainsi qu’une narration forte forgée pendant les années d’opposition contre l’ancien régime. Même après son exclusion de la course présidentielle, Sonko reste la figure centrale du changement. Son influence populaire et militante pourrait devenir un atout décisif. »

Certes, Bassirou Diomaye Faye dispose de la légitimité institutionnelle, mais Ousmane Sonko conserve une légitimité populaire difficile à ignorer. Dans un duel politique ou électoral, cette réalité pourrait faire la différence.

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