Crise sécuritaire au Burkina : Simporé reconnaît l’échec de la formation militaire actuelle

Crise sécuritaire au Burkina : Simporé reconnaît l’échec de la formation militaire actuelle
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Un aveu de plus qui révèle l’impasse sécuritaire au Burkina Faso

Lors de son passage à la Radio-Télévision du Burkina (RTB), le ministre de la Défense, le général Célestin Simporé, a tenté de justifier l’échec cuisant de la stratégie sécuritaire actuelle en invoquant un manque de formation des forces armées dans le passé. Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : aujourd’hui, plus de 65 % du territoire national échappe au contrôle de l’État, malgré l’injection massive de moyens et le soutien des instructeurs russes. Comment une armée autrefois décriée parvient-elle à tenir des fronts que la « nouvelle armée » ne maîtrise plus ?

La propagande contre les réalités du terrain

Le discours du général Simporé sur la RTB vise à réécrire l’histoire en attribuant les défaillances actuelles à une prétendue « malformation » des soldats d’hier. Pourtant, les faits sont têtus : sous les régimes précédents, malgré des moyens limités, l’armée burkinabè parvenait à maintenir des lignes de défense stables et à protéger les chefs-lieux provinciaux. Aujourd’hui, avec des bataillons supplémentaires et une formation modernisée sous supervision russe, le pays recule sur tous les fronts.

L’implosion d’une nouvelle doctrine militaire

Le revirement stratégique opéré par le régime d’Ibrahim Traoré s’est appuyé sur une doctrine militaire radicalement différente, importée de Russie. Les résultats sont accablants :

  • Une escalade de la violence sans précédent : Les théâtres d’opérations se transforment en boucheries. Les batailles de Mansila et les revers dans le Centre-Nord illustrent une mortalité élevée parmi les nouvelles recrues, formées dans l’urgence.
  • Une stratégie inadaptée aux menaces asymétriques : Les groupes armées terroristes (GAT), mobiles et insaisissables, exploitent les failles d’une armée désormais spécialisée dans les offensives frontales et le déploiement de puissance de feu massive. La guerre moderne ne se gagne pas par la brutalité, mais par l’intelligence tactique et le renseignement.
  • Un isolement des populations locales : En privilégiant la terreur et les opérations de représailles au détriment des relations avec les civils, l’armée a perdu un allié essentiel. Les populations rurales, autrefois informatrices clés, se taisent désormais par peur ou par ressentiment.

L’honneur des soldats oubliés

Pointer du doigt les lacunes des anciens formats revient à insulter le sacrifice des milliers de soldats tombés au combat depuis dix ans. Équipés avec des moyens dérisoires et des ressources limitées, ces hommes ont défendu le pays sans jamais abandonner des territoires entiers. Aujourd’hui, l’évacuation de zones comme Boussouma sous couvert de repli « tactique » sonne comme un aveu d’échec, bien loin des victoires d’hier. Ce n’est pas l’héritage de la formation d’antan qui fait défaut, mais bien la stratégie actuelle qui étouffe sous le poids de ses propres promesses non tenues.

Pourquoi l’aveu de Simporé ne convainc personne

Deux ans après le coup d’État qui a porté Ibrahim Traoré au pouvoir, accuser les déficiences passées relève du déni. Le problème n’est pas dans les fusils d’hier, mais dans les plans d’aujourd’hui. La propagande ne peut plus masquer l’évidence : l’armée burkinabè régresse là où progression était promise. Le décompte des villages perdus, des vies sacrifiées et des espoirs brisés s’alourdit chaque jour, tandis que les responsables se réfugient derrière des explications simplistes.

Fanta Ouattara

Éditorialiste