Décentralisation au Tchad : le défi de l’autonomie provinciale face à la centralisation
Albert Pahimi Padacké alerte sur les limites de la gestion centralisée du Tchad
Lors d’une conférence-débat organisée à l’École Nationale d’Administration (ENA) d’N’Djamena, Albert Pahimi Padacké, ancien Premier ministre et sénateur tchadien, a vivement critiqué le système de centralisation excessive qui entrave le développement des provinces. Plus de 200 cadres, étudiants et acteurs politiques ont assisté à cette rencontre, marquée par un diagnostic sans concession de la gouvernance locale tchadienne.
Un potentiel local étouffé par la rigidité administrative
Au cœur du débat animé par Albert Pahimi Padacké, président du parti RNDT-Le Réveil, la question de la décentralisation a été abordée sous l’angle de son impact réel sur le terrain. Si le cadre légal existe, sa mise en œuvre se heurte à une résistance structurelle de l’État central, qui conserve jalousement ses prérogatives. « Une décentralisation sans moyens financiers n’est qu’une coquille vide », a-t-il affirmé, soulignant l’illusion d’une autonomie provinciale sans leviers économiques.
Les conseils provinciaux, entre théorie et pratique
Selon lui, les conseils provinciaux, bien qu’instaurés par la loi, restent des acteurs fantômes, incapables d’impulser des projets concrets faute de budgets décentralisés. Albert Pahimi Padacké a illustré son propos par des exemples concrets où les décisions locales, même urgentes, doivent obtenir l’aval des ministères de la capitale. « Comment construire une école ou un dispensaire sans maîtriser les fonds alloués ? », a-t-il interrogé, pointant du doigt l’absurdité d’un système qui centralise les ressources tout en exigeant des résultats locaux.
Vers une refonte institutionnelle du Tchad ?
La conférence a pris une tournure politique, devenant un appel solennel à une réforme en profondeur. L’ancien Premier ministre a plaidé pour un transfert effectif des compétences et des moyens vers les provinces, afin de libérer leur potentiel économique et social. Il a insisté sur la nécessité de faire confiance aux élus locaux, capables, selon lui, de mieux répondre aux besoins de leurs concitoyens que l’administration centrale.
Les échanges avec le public, composé notamment d’étudiants de l’ENA et de futurs hauts fonctionnaires, ont révélé une attente forte pour une gouvernance plus proche des réalités du terrain. La question de la décentralisation s’impose ainsi comme l’un des grands défis de l’architecture institutionnelle tchadienne, où le dialogue entre le pouvoir central et les provinces reste à réinventer.