Le Conseil de sécurité de l’ONU a officiellement acté la fin de la mission Minurso au Sahara occidental, sans renouvellement de son mandat. Dès le 1er novembre, les 359 membres de cette force, déployée depuis 1991, commenceront leur retrait. Ce territoire, en proie à un conflit larvé depuis un demi-siècle entre le Maroc (qui administre 80 % du sol) et le Front Polisario (soutenu par l’Algérie), entre dans une phase d’incertitude géopolitique majeure.
L’Espagne, en première ligne, craint une intensification des flux migratoires vers les îles Canaries, déjà sous pression avec plus de 46 000 arrivées en 2024. Madrid, malgré son soutien affiché en 2022 au plan d’autonomie marocain, reste silencieuse sur les conséquences immédiates de ce retrait.
Un vide sécuritaire propice aux tensions
Le départ de la Minurso libère un espace que Rabat pourrait chercher à combler. Ignacio Cembrero, spécialiste des relations hispano-marocaines, alerte : les forces royales pourraient s’emparer des 20 % du territoire toujours sous contrôle du Polisario, déclenchant une réaction algérienne et risquant d’embraser la région. Sans médiation onusienne, le risque d’un conflit armé n’est plus une hypothèse lointaine.
Les Canaries, future cible d’une pression migratoire ?
Le Maroc dispose désormais d’un levier supplémentaire pour faire pression sur l’Espagne : la gestion des flux migratoires. El Confidencial souligne que Rabat pourrait menacer d’ouvrir les vannes en direction des Canaries si Madrid refuse de céder sur d’autres dossiers, comme le contrôle de l’espace aérien au-dessus du Sahara occidental, encore sous responsabilité espagnole via l’aéroport de Las Palmas.
Les autorités canariennes, qui ont déjà accueilli 46 000 migrants en 2024, pourraient voir ce chiffre exploser. Les îles resteront le premier point d’impact, mais l’Europe entière n’est pas à l’abri des répercussions.
Impact continental : énergie, économie et stabilité
Hugh Lovatt, du think tank European Council on Foreign Relations, met en garde : la crise au Sahara occidental ne se limitera pas à une crise humanitaire. L’approvisionnement énergétique, les échanges commerciaux et la stabilité macroéconomique de l’Union européenne pourraient être perturbés. Les tensions entre le Maroc et l’Algérie, déjà vives, risquent de s’aggraver, avec des répercussions en Afrique du Nord et au-delà.
Sans la Minurso, le Sahara occidental devient un foyer de déstabilisation dont les effets se feront sentir bien au-delà de ses frontières.