Fonds politiques au Sénégal : qui en a vraiment bénéficié avant ousmane sonko ?

Fonds politiques au Sénégal : qui en a vraiment bénéficié avant ousmane sonko ?

Une polémique qui embrase la politique sénégalaise

Depuis quelques jours, la question des fonds politiques agite la classe politique et les réseaux sociaux au Sénégal. Députés, anciens ministres et responsables s’affrontent sur l’origine et l’utilisation de ces enveloppes discrétionnaires allouées à la Primature. Une controverse qui prend une ampleur particulière alors que l’Assemblée nationale, sous la présidence d’Ousmane Sonko, examine en session extraordinaire une proposition de loi visant à encadrer ces crédits spéciaux, parallèlement à des textes sur la déclaration de patrimoine, le Code du travail et six commissions d’enquête.

L’affirmation choc d’un ancien ministre de l’Intérieur

Tout a commencé avec une déclaration fracassante d’Aly Ngouille Ndiaye, ancien ministre de l’Intérieur, lors d’une émission télévisée. Selon lui, Ousmane Sonko serait le premier Premier ministre à bénéficier de tels fonds : « Aucun de ses prédécesseurs n’en a disposé. Ni Boun Abdallah Dionne, ni Amadou Ba, ni Sidiki Kaba n’en ont profité. » Il a également mis en doute le montant de 1,7 milliard de francs CFA évoqué par Sonko, soulignant l’absence de clarté sur sa périodicité : « Certains parlent de trimestre, d’autres d’année. Si c’est annuel, Sonko aurait reçu 8 milliards en un an. Pourtant, les premiers 1,7 milliard ont été épuisés en quelques semaines seulement. » Il a ajouté que cette situation justifie une enquête parlementaire pour éclaircir ces dépenses.

Une première remise en cause

Les propos d’Aly Ngouille Ndiaye ont rapidement suscité des réactions, notamment de la part d’anciens Premiers ministres. Souleymane Ndéné Ndiaye, dernier chef du gouvernement sous Abdoulaye Wade, a révélé avoir bénéficié de fonds politiques dès son passage comme Directeur de cabinet présidentiel : « Chaque fin de mois, on me remettait ces enveloppes. » Une affirmation qui contredit directement la thèse de l’ancien ministre de l’Intérieur.

D’autres témoignages, attribués à Macky Sall et Idrissa Seck, confirment l’existence de ces fonds sous les gouvernements précédents. Certains internautes ont même rappelé qu’Abdoulaye Wade aurait puisé dans ses propres fonds présidentiels pour soutenir financièrement ses Premiers ministres.

Pastef contre-attaque : des accusations sans fondement

Le camp présidentiel, représenté par Elimane Pouye, directeur général de la SOGEPA SN, a rejeté ces allégations, les qualifiant de « propos gratuits ». Il a comparé les budgets de la Primature sur trois années (2023, 2024, 2025) et estimé que les variations s’expliquent par des changements institutionnels, non par une innovation de Sonko. Pour lui, le débat doit se concentrer sur l’usage transparent de ces fonds plutôt que sur leur existence.

Plusieurs figures proches de Pastef ont rappelé que le parti dénonçait depuis 2014 l’opacité entourant ces enveloppes, proposant même leur réforme dans son programme électoral dès 2019. Une manière de souligner que cette pratique n’est pas une nouveauté introduite par Sonko.

L’évolution historique de ces fonds controversés

Pour comprendre l’ampleur du débat, il faut replacer ces fonds dans une perspective historique. Selon des sources parlementaires, leur montant aurait connu une hausse spectaculaire : environ 650 millions de francs CFA sous Abdou Diouf, près de 8 milliards sous Abdoulaye Wade. Un rapport des Inspecteurs généraux d’État (IGE) entre 2008 et 2012 révèle que 108 milliards de francs CFA de fonds politiques ont été consommés, dont 48 milliards sans aucune régularisation comptable.

Un cas emblématique illustre les dérives possibles : le Programme national de développement local (PNDL), un fonds de 100 milliards de francs CFA confié à la Primature. Idrissa Seck, Premier ministre sous Wade, avait fait l’objet d’une enquête pour la gestion de ce programme, notamment sur deux biens immobiliers à Saly et Atlanta, soupçonnés d’un enrichissement illicite.

Les voix qui réclament un contrôle parlementaire

Plusieurs députés, comme Guy Marius Sagna, ont tenté d’imposer une réforme législative. Il a déposé une proposition de loi dès septembre 2025 pour créer une « Commission de vérification des crédits fonds politiques ». Bien qu’Ousmane Sonko ait demandé de patienter, Sagna a finalement déposé quatre textes, dont un prévoyant explicitement la création d’une commission chargée de superviser l’utilisation de ces fonds.

Thierno Alassane Sall, ancien ministre et figure de l’opposition, a qualifié ces enveloppes de « vol », dénonçant l’absence de vote parlementaire pour les autoriser. Il a however distingué ces fonds des crédits secrets liés au renseignement, réservés à la présidence.

El Hadj Momar Samb, secrétaire général de la RTA-S, a critiqué l’opportunisme de la majorité présidentielle, rappelant que plusieurs de ses membres ont occupé des postes clés sans jamais soulever cette question auparavant. Il a appelé à un contrôle élargi, incluant la gestion de l’ONAS, les revenus pétroliers et les indemnités des victimes des crises politiques.

Encadrement plutôt que suppression : la position officielle

Le président Bassirou Diomaye Faye a justifié le maintien de ces fonds, arguant de leur rôle dans le renseignement et la solidarité. Ousmane Sonko, tout en excluant leur suppression, a défendu leur encadrement, citant devant l’Assemblée le montant de 1,77 milliard de francs CFA alloué à la Primature lors de son passage.

Cette position s’inscrit dans le cadre de la session extraordinaire ouverte le 10 août 2026, qui examine en urgence une proposition de loi encadrant ces crédits spéciaux, ainsi qu’un texte modifiant la Constitution sur la déclaration de patrimoine du président de la République. Un débat qui révèle les tensions entre une pratique institutionnelle ancienne et les exigences de transparence portées par les nouvelles autorités depuis 2024.

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