Libreville — La Francophonie n’est plus un sujet qui se discute uniquement à Paris ou à Montréal. Elle se joue désormais entre Nouakchott, Libreville et les autres capitales africaines, où l’on souhaite peser davantage sur le destin d’une organisation regroupant près de 90 États et gouvernements. La visite officielle de Messouda Baham Mohamed Laghdaf, ministre mauritanienne de l’Environnement et du Développement durable, à la présidence gabonaise, en est la parfaite illustration.
Cette audience, bien plus qu’une simple formalité diplomatique, s’inscrit dans une stratégie africaine plus large. D’un côté, la Mauritanie renforce ses liens avec le Gabon. De l’autre, une campagne discrète mais déterminée se dessine autour de la future gouvernance de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
La Mauritanie déploie sa stratégie
Lors de son entretien avec le président Brice Clotaire Oligui Nguema, l’envoyée spéciale mauritanienne a présenté la candidature de la docteure Koumba Ba au poste de secrétaire générale de l’OIF. Ce choix repose sur trois principes clés : cohérence, équilibre et utilité concrète pour les États membres. Une approche qui répond à une question centrale : quelle doit être la mission de la Francophonie au XXIe siècle ?
Longtemps perçue comme un outil d’influence culturelle, l’organisation doit désormais relever de nouveaux défis. Transition numérique, formation des jeunes, développement économique, sécurité alimentaire, climat, intelligence artificielle et souveraineté technologique sont désormais au cœur des attentes des États francophones. La Mauritanie propose ainsi une Francophonie plus pragmatique, moins symbolique et plus ancrée dans l’action.
Libreville, acteur clé des équilibres africains
Cette initiative mauritanienne n’est pas anodine. Elle intervient dans un contexte où le Gabon, sous l’impulsion du président Oligui Nguema, retrouve une place centrale sur la scène diplomatique africaine. Depuis son arrivée au pouvoir, le chef de l’État gabonais multiplie les actions visant à repositionner Libreville comme un acteur du dialogue, du consensus et de la coopération régionale. Une stratégie qui en fait aujourd’hui un partenaire recherché sur plusieurs dossiers continentaux.
Lors de cette rencontre, Brice Clotaire Oligui Nguema a réaffirmé son attachement à une gouvernance partagée et à la recherche du consensus. Une position qui reflète l’image que le Gabon souhaite incarner dans les enceintes internationales : celle d’un pays ouvert au dialogue et à la collaboration.
Au-delà de la question de l’OIF, cette audience symbolise aussi la volonté des deux nations de renforcer leurs relations bilatérales dans des domaines stratégiques comme l’environnement, le développement durable, la formation professionnelle et les échanges économiques.
L’Afrique redessine l’avenir de la Francophonie
L’importance de cette séquence dépasse largement le cadre bilatéral entre le Gabon et la Mauritanie. Avec plus de 60 % des francophones vivant aujourd’hui en Afrique — un chiffre qui pourrait atteindre 85 % d’ici 2050 —, le continent est devenu le véritable épicentre de la langue française et de la Francophonie.
Cette réalité démographique bouleverse les équilibres traditionnels. Elle pousse plusieurs États africains à exiger une représentation accrue dans les instances dirigeantes et une réorientation des priorités de l’organisation. La candidature soutenue par Nouakchott s’inscrit dans cette dynamique de réappropriation africaine, visant à faire de la Francophonie un levier au service du développement, de l’innovation et de la coopération interétatique.
La rencontre entre le président gabonais et la représentante mauritanienne dépasse ainsi le cadre protocolaire. Elle révèle une recomposition silencieuse des rapports de force au sein de l’espace francophone. À travers cette candidature, la Mauritanie envoie un message clair : la Francophonie de demain ne pourra ignorer l’Afrique. Quant au Gabon, en accueillant cette démarche et en cultivant une diplomatie de dialogue, il confirme son ambition de jouer un rôle actif dans la définition des nouvelles architectures de coopération du continent.
Dans cette bataille d’influence feutrée, la question n’est plus de savoir si l’Afrique doit peser dans la Francophonie. Elle est désormais de savoir quelle vision africaine façonnera son avenir.
