Gabon : cinq mois sans réseaux sociaux, une mesure qui interroge le pouvoir

Gabon : cinq mois sans réseaux sociaux, une mesure qui interroge le pouvoir

Le 17 juillet marque un tournant : cinq mois se sont écoulés depuis la suspension des principaux réseaux sociaux au Gabon. Depuis l’annonce officielle de la Haute Autorité de la Communication datée du 17 février, l’accès aux plateformes numériques reste bloqué, sauf via l’utilisation d’un VPN. Initialement présentée comme une réponse temporaire aux discours de haine et à la désinformation, cette décision s’éternise sans perspective de levée, transformant une mesure d’urgence en une restriction durable. L’absence de calendrier clair pour un retour à la normale alimente les doutes sur la réelle volonté des autorités à rétablir la liberté numérique.

Cette coupure prolongée ne touche pas seulement les particuliers. Une grande partie de l’économie gabonaise, en particulier les acteurs du numérique, subit de plein fouet les conséquences de cette mesure. Les médias en ligne, les créateurs de contenus, les commerçants en ligne et les agences de communication, qui avaient fait des réseaux sociaux leur vitrine principale, voient leur activité paralysée. Dans un pays déjà marqué par un chômage endémique et une crise économique persistante, cette situation prive de nombreux Gabonais d’une source vitale de revenus. Même les institutions publiques et les ambassades, qui avaient massivement investi ces plateformes pour dialoguer avec les citoyens, se retrouvent aujourd’hui privées de cet outil devenu indispensable.

Un cadre juridique renforcé, mais une mesure toujours contestée

Les autorités gabonaises ont justifié cette suspension par l’absence de cadre légal adapté. Pourtant, en cinq mois, le gouvernement a adopté deux ordonnances majeures : l’une élargissant les prérogatives de la Haute Autorité de la Communication, l’autre encadrant spécifiquement l’usage des réseaux sociaux. Ces textes, validés par le Parlement, offrent désormais les outils nécessaires pour sanctionner les abus sans recourir à une interdiction générale. Alors, pourquoi maintenir cette restriction ? L’absence de calendrier précis pour un retour à la normale donne l’impression que cette mesure s’installe durablement, alimentant les critiques sur son caractère disproportionné.

Libertés publiques en recul ?

Sur la scène politique, des voix s’élèvent pour dénoncer un recul des libertés. À l’Assemblée nationale, des députés comme Jean Gaspard Ntoutoume Ayi ont critiqué publiquement cette suspension. Dans les rues, de nombreux citoyens avouent hésiter à s’exprimer sur des sujets d’intérêt général, par crainte de représailles. Ce climat de prudence, voire de peur, interroge sur la santé démocratique du pays. Réguler l’espace numérique est une chose ; le maintenir sous cloche indéfiniment en est une autre. Une démocratie se construit sur des règles transparentes, des institutions solides et des libertés protégées.

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