Libreville — Depuis des années, le Gabon incarne un paradoxe frappant. Malgré ses ressources naturelles abondantes, sa faible densité de population et ses ressources financières, le pays a laissé se creuser un fossé profond entre ses zones urbaines dynamiques et ses régions intérieures souvent négligées.
Pendant des décennies, des pans entiers du territoire gabonais ont été privés d’infrastructures essentielles, d’accès aux soins, à l’éducation ou encore à des opportunités économiques viables. Cette disparité territoriale, longtemps ignorée, est désormais au cœur d’une refonte politique ambitieuse portée par Brice Clotaire Oligui Nguema.
Lors d’une allocution devant le Parlement réuni en Congrès, le président a martelé un message clair : « Aucune zone ne sera abandonnée. » Derrière cette promesse se profile une vision transformatrice : celle d’un Gabon où la géographie ne dictera plus le destin des citoyens, où chaque région contribuera activement à la prospérité nationale et où l’État retrouvera sa présence visible sur l’ensemble du territoire.
Combler les écarts d’un demi-siècle
L’enjeu est de taille. Historiquement, les investissements publics se sont concentrés dans quelques villes clés, notamment Libreville et Port-Gentil. Cette centralisation a accentué les déséquilibres régionaux, poussé à l’exode rural et alimenté un sentiment d’abandon dans de nombreuses localités de l’intérieur.
Les conséquences de cette politique sont multiples. L’absence de routes praticables, d’hôpitaux fonctionnels, d’écoles adaptées ou de services administratifs accessibles freine le développement économique local. Selon les experts en développement, les inégalités territoriales figurent parmi les principaux obstacles à une croissance durable en Afrique. Sans infrastructures adéquates, il devient presque impossible d’attirer des investissements, de valoriser les ressources locales ou de créer des emplois stables.
C’est précisément cette réalité que la nouvelle stratégie présidentielle cherche à inverser. Les projets en cours à Cocobeach, Makokou, Oyem, Bifoun ou encore dans plusieurs quartiers de Libreville illustrent une volonté sans précédent de rééquilibrage territorial.
Développer des économies locales dynamiques
Cette politique ne se limite pas à la construction de routes ou de bâtiments. Elle repose sur une conviction économique forte : le développement national ne peut plus reposer uniquement sur quelques pôles urbains.
Chaque infrastructure mise en place est conçue comme un levier de croissance. Une route améliore l’accès des agriculteurs aux marchés. Un hôpital renforce l’attractivité d’une ville. Une université retient les talents locaux. Un programme de logements stimule le secteur du bâtiment. Chaque réalisation engendre une série d’effets économiques capables de métamorphoser durablement les territoires.
Cette approche s’inscrit dans une tendance mondiale. Des nations comme le Maroc, le Rwanda ou le Sénégal ont démontré que des politiques volontaristes de développement territorial pouvaient booster la croissance tout en apaisant les tensions sociales.
Pour le Gabon, cette stratégie pourrait favoriser l’émergence de nouveaux pôles économiques régionaux, complétant ainsi le rôle historique de Libreville et Port-Gentil.
Rétablir la confiance entre l’État et les Gabonais
Au-delà des aspects économiques, cette politique porte une dimension profondément citoyenne. Elle vise à restaurer le lien entre les institutions et les populations.
Les tournées présidentielles et les missions de suivi des projets ont permis de replacer les préoccupations locales au cœur de l’action publique. Cette méthode rompt avec une gouvernance souvent perçue comme déconnectée des réalités du terrain.
Le vrai défi reste à venir. Les attentes sont immenses. Les Gabonais jugeront cette ambition non pas sur des discours, mais sur des résultats tangibles : routes livrées à temps, hôpitaux opérationnels, écoles fonctionnelles, accès à l’eau et à l’électricité. C’est sur ce terrain concret que se mesurera la crédibilité de la promesse présidentielle.
L’engagement « aucune zone ne sera abandonnée » dépasse le cadre d’un simple programme d’investissements. Il incarne une nouvelle conception de la République : une nation qui refuse que certains territoires soient laissés pour compte dans le progrès national.
Si cette vision se concrétise durablement, elle pourrait marquer l’une des mutations les plus profondes du Gabon contemporain. Les nations les plus résilientes ne sont pas celles qui développent quelques villes. Ce sont celles qui transforment chaque territoire en acteur de leur destin collectif. C’est précisément ce pari que Brice Clotaire Oligui Nguema a lancé. Faire de l’équité territoriale le moteur d’une cohésion nationale et d’une prospérité partagée.
