Guerre en rdc : Moscou accuse kiev de soutenir le m23, une stratégie de déstabilisation

Guerre en rdc : Moscou accuse kiev de soutenir le m23, une stratégie de déstabilisation

Une rhétorique accusatoire entre Moscou et Kiev en Afrique centrale

Une visite diplomatique en Afrique de l’Est a déclenché une nouvelle escalade verbale entre Moscou et Kiev. Le 10 juillet, lors d’une conférence de presse à Bujumbura, Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe, a pointé du doigt des ressortissants ukrainiens pour leur prétendue implication aux côtés du mouvement rebelle M23 dans l’est de la République démocratique du Congo. Cette accusation, formulée sans preuve tangible, a été immédiatement rejetée par Kiev dès le lendemain.

Lavrov s’exprimait à l’issue d’un entretien avec le président burundais Évariste Ndayishimiye, alors président en exercice de l’Union africaine. Il a évoqué un soutien étranger au M23, mouvement armé sous sanctions onusiennes, sans préciser la nature de cette assistance ni fournir d’éléments concrets. Depuis janvier 2025, ce groupe contrôle une grande partie des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, notamment après la prise de Goma. Plusieurs rapports d’experts des Nations unies révèlent par ailleurs que le M23 est approvisionné par les Forces de défense rwandaises.

Des accusations infondées selon Kiev, qui pointe du doigt Moscou

Le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Heorhii Tykhyi, a qualifié les propos de Lavrov de « désinformation pure et simple ». Il a rétorqué que c’est la Russie, et non l’Ukraine, qui arme illégalement des groupes armés en Afrique et recrute des ressortissants locaux pour combattre sur le front ukrainien. Selon lui, cette stratégie viserait à saboter les efforts de médiation américains dans la région des Grands Lacs.

Le précédent malien : un précédent qui pèse sur la crédibilité de l’Ukraine

Fin juillet 2024, une embuscade meurtrière dans le nord du Mali a relancé les tensions. Une colonne composée de mercenaires russes du groupe Wagner et de soldats maliens a été prise pour cible par des rebelles touaregs et le JNIM. Les assaillants ont revendiqué des dizaines de morts dans les deux camps. Quelques jours plus tard, Andriï Yusov, porte-parole du renseignement militaire ukrainien (GUR), affirmait sur une chaîne publique que ses services avaient transmis des informations aux rebelles pour faciliter l’attaque. Kiev a finalement fait marche arrière, mais le mal était fait : Bamako, Niamey et Ouagadougou ont rompu leurs relations diplomatiques avec l’Ukraine dès août 2024. Depuis, le Mali a saisi le Conseil de sécurité des Nations unies pour cette affaire.

Un scénario similaire au Soudan, où l’ambiguïté persiste

Depuis avril 2023, la guerre civile au Soudan oppose l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR). Dès fin 2023, des rumeurs évoquaient la présence d’une unité spéciale ukrainienne, baptisée « Timur », bien que Kiev n’ait jamais confirmé ni infirmé ces allégations. En janvier 2024, des vidéos circulaient, montrant des frappes de drones attribuées à cette unité contre des mercenaires russes et leurs alliés locaux. En octobre 2025, l’armée soudanaise annonçait avoir éliminé des combattants étrangers, dont des Colombiens et des Ukrainiens, combattant aux côtés des FSR lors des affrontements à El-Fasher.

Ces deux précédents fragilisent la position ukrainienne dans l’affaire de la RDC. À Bamako, un porte-parole avait revendiqué une implication avant de se rétracter. Au Soudan, l’ambiguïté a persisté sans jamais être levée. Concernant le M23, aucune source ukrainienne, officielle ou non, n’a encore établi de lien direct. Le dossier congolais reste donc, à ce jour, sans preuve tangible, tandis que Lavrov poursuit sa tournée africaine en vue du troisième Sommet Russie-Afrique, prévu à Moscou les 28 et 29 octobre.

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