Histoire et poids géopolitique de l’alliance marocains-américaine
Comment l’alliance entre le Maroc et les États-Unis façonne la crise de Ceuta et bien plus

Les relations entre le Maroc et les États-Unis, tissées au fil de plus de deux siècles, jouent un rôle central dans les équilibres politiques et sécuritaires de la région.
Cette alliance, scellée par des traités historiques et renforcée par des partenariats militaires et économiques, a pris une nouvelle dimension lors de la crise migratoire de Ceuta. Décryptage d’un lien unique qui dépasse les frontières.
Une alliance née il y a plus de 200 ans
Les fondations de cette relation remontent à 1776, année où les États-Unis proclamaient leur indépendance. À peine un an et demi plus tard, le sultan Mohammed III du Maroc ouvrait les ports marocains aux navires américains, offrant ainsi une reconnaissance internationale à la jeune république.
Cependant, c’est en 1786 que cette coopération prend une forme officielle avec la signature du Traité de paix et d’amitié à Marrakech. Cet accord, toujours en vigueur aujourd’hui, garantissait aux États-Unis un accès sécurisé aux ports marocains, tout en protégeant leurs navires des menaces des corsaires en Méditerranée.
Pour le Maroc, ce traité symbolisait une ouverture vers le monde et une légitimité accrue sur la scène internationale. Pour les États-Unis, il s’agissait d’un pas décisif vers la reconnaissance globale de leur souveraineté naissante.
« Le Maroc, situé à l’intersection de l’Europe, de l’Afrique et du monde islamique, a été un partenaire stratégique pour Washington dans sa quête d’influence mondiale », explique Timothy W. Kneeland, professeur d’histoire à l’université de Nazareth.
Sécurité, commerce et Sahara : les piliers d’une relation solide
Au fil des décennies, la coopération entre les deux pays s’est étendue bien au-delà des simples échanges commerciaux. Dès les années 1950, les États-Unis ont soutenu le Maroc en lui offrant un accès à des bases aériennes stratégiques, un soutien qui s’est intensifié après l’indépendance du pays en 1956.
La question du Sahara occidental a marqué un tournant dans cette alliance. En 1975, le Maroc, sous le règne de Hassan II, a mené la Marche verte pour revendiquer ce territoire, alors sous administration espagnole. Bien que les États-Unis aient officiellement prôné une solution négociée, des documents déclassifiés révèlent une position bien plus alignée sur celle de Rabat.
Henry Kissinger, alors secrétaire d’État américain, a même déclaré à Hassan II que, à sa place, il aurait agi de la même manière. Cette proximité diplomatique s’est confirmée en 2020, lorsque Donald Trump a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, dans le cadre des accords d’Abraham.
Sur le plan militaire, le Maroc a été désigné comme allié majeur non membre de l’OTAN en 2004, ce qui lui donne accès à un soutien logistique et technologique de premier plan. Les deux pays collaborent étroitement dans la lutte contre le terrorisme, notamment à travers des exercices communs comme African Lion.
Les échanges commerciaux ont également connu un essor remarquable. L’accord de libre-échange de 2006 a permis de multiplier par huit les échanges bilatéraux, atteignant 7,4 milliards de dollars en 2025. Bien que modeste pour l’économie américaine, ce volume souligne l’importance économique du partenariat.
Ceuta : un test pour l’alliance Maroc-États-Unis
La crise migratoire de Ceuta, où plus de 70 000 personnes ont tenté de rejoindre l’enclave espagnole en quelques jours, a mis en lumière les tensions géopolitiques entre le Maroc, l’Espagne et les États-Unis.
Alors que Madrid accusait des réseaux de trafic d’êtres humains et des réseaux sociaux d’avoir orchestré cette vague migratoire, Washington a adopté une position bien plus nuancée. La Maison Blanche a critiqué les politiques migratoires espagnoles et pointé du doigt les politiques mondialistes d’extrême gauche, sans jamais remettre en cause le rôle du Maroc.
Cette réaction a surpris plus d’un observateur, notamment en Espagne, où les bases américaines de Rota et Morón abritent des forces stratégiques de l’OTAN. Pourtant, cette position reflète la solidité de l’alliance entre Rabat et Washington, bien au-delà des simples liens diplomatiques.
« Les États-Unis ne considèrent pas Ceuta comme une initiative marocaine, mais plutôt comme une conséquence des faiblesses de la gestion frontalière espagnole », analyse Sarah Yerkes, chercheuse à la Fondation Carnegie.
Cette crise a également révélé les divergences croissantes entre les États-Unis et l’Espagne, notamment sur l’utilisation des bases militaires pour des opérations en Iran. Le Maroc, en revanche, apparaît comme un partenaire plus fiable pour Washington dans la région.
Un partenariat aux multiples visages
L’alliance entre le Maroc et les États-Unis ne se limite pas à la sécurité ou au commerce. Elle s’étend à des domaines aussi variés que la lutte contre le terrorisme, la coopération énergétique et même les échanges culturels.
Le Maroc, grâce à sa position géographique et son rôle de médiateur en Afrique, est devenu un acteur clé pour les États-Unis dans la région. Cette relation, solidifiée par des décennies de confiance mutuelle, semble promise à un avenir tout aussi prometteur.
Alors que les deux pays célèbrent leurs 250 ans d’amitié, cette alliance continue de façonner les équilibres géopolitiques en Afrique du Nord et au-delà. Une relation qui, bien plus qu’un simple partenariat, est devenue un pilier de la stabilité régionale.
