Investissements chinois : l’essor des entreprises asiatiques au Sénégal
Au Sénégal, les grands projets d’infrastructure ne sont plus l’apanage des groupes français. Depuis deux décennies, la Chine a progressivement pris le relais, devenant le partenaire dominant sur les marchés publics du pays. Selon plusieurs observateurs, cette tendance s’explique par une stratégie d’approche adaptée aux besoins locaux, mais aussi par une offre compétitive en termes de coûts et de délais.
À Ndayane, au sud de Dakar, le chantier du premier port en eau profonde du pays, estimé à plus de 2 milliards de dollars, illustre parfaitement cette transition. Ce complexe logistique, conçu pour accueillir les plus grands porte-conteneurs de l’Atlantique, est porté par la société émiratie DP World. Cependant, la construction a été confiée à un consortium international dominé par des entreprises chinoises. « Nous avions des entreprises du monde entier en compétition, y compris des groupes français, mais l’offre retenue était la plus avantageuse », explique David Gruar, directeur du projet pour DP World.
Un autre exemple marquant se trouve à Diamniadio, où la ville nouvelle en construction a été confiée en grande partie à des entreprises turques. Ces dernières ont remporté les appels d’offres pour la réalisation du stade, de la gare, des hôtels et des immeubles d’habitation. Bohoum Sow, secrétaire général de l’APROSI, confirme cette tendance : « Ici, une entreprise tunisienne et une entreprise chinoise sont présentes. Je ne connais pas d’entreprise française sur cette plateforme industrielle. »
pourquoi les entreprises chinoises séduisent-elles le Sénégal ?
Les acteurs chinois semblent mieux comprendre les attentes des autorités sénégalaises et les spécificités du marché local. Par exemple, une usine d’emballages en carton, où des techniciens chinois forment des employés sénégalais, illustre cette adaptation. « Ce type d’industrie n’existait pas au Sénégal. Les Chinois répondent à des besoins précis et se diversifient avec flexibilité », souligne Bohoum Sow.
Depuis une vingtaine d’années, la Chine investit massivement en Afrique, faisant de ce continent un maillon clé de sa diplomatie économique. Le résultat est visible : « C’est leur drapeau qui flotte sur ces projets », constate un observateur. Bohoum Sow résume cette évolution : « C’est du gagnant-gagnant. Le Sénégal a besoin d’infrastructures, et la Chine l’a compris. Les temps ont changé, et les partenaires aussi. »
des groupes français en perte de vitesse
Pendant des décennies, les entreprises françaises dominaient les grands contrats au Sénégal, que ce soit dans les infrastructures, l’énergie ou la finance. Aujourd’hui, elles ne représentent plus que 5 % des marchés publics, contre plus de 30 % pour les acteurs chinois. D’autres partenaires, comme la Turquie, les Émirats arabes unis et la Tunisie, complètent ce rééquilibrage.
Malgré ce recul, certaines entreprises françaises continuent de remporter des contrats, à condition de revoir leurs méthodes. C’est le cas du groupe Ragni, spécialisé dans l’éclairage public. Ce dernier a déployé 36 000 lampadaires solaires au Sénégal, un projet d’environ 70 millions d’euros partiellement financé par la Banque de Développement française. Pour décrocher ce marché, le groupe a créé une filiale locale dirigée par un cadre sénégalais, transférant ainsi une partie de son savoir-faire.
Caroline Richard, responsable de l’antenne de Proparco au Sénégal, estime que les entreprises françaises ont encore des atouts à jouer, à condition de s’adapter. « Les exigences locales montent, et les groupes français sont très compétitifs sur ces critères. Il y a ici des marchés de main-d’œuvre et des potentiels de croissance importants », affirme-t-elle.
Derrière ces succès, une nouvelle dynamique se dessine : celle de groupes français contraints d’être plus flexibles, de multiplier les partenariats locaux et de prouver leur compétitivité face à des concurrents désormais solidement installés.