La finale Sénégal-Maroc, un contentieux qui grippe les relations diplomatiques
Quand le football africain s’embourbe dans une querelle diplomatique
Le contentieux Sénégal-Maroc, né de la finale controversée de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), continue de hanter les relations entre Dakar et Rabat. Alors que le Tribunal arbitral du sport (TAS) examine le recours déposé par la Fédération sénégalaise de football (FSF), l’affaire s’étend bien au-delà des terrains, parasitant les échanges africains.
Lors du sommet Afrique-France à Nairobi, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye n’a pas manqué de rappeler, avec une pointe d’ironie, la décision controversée du 17 mars attribuant la victoire au Maroc sur tapis vert (3-0), après la victoire sénégalaise sur le terrain (1-0 après prolongation). « Merci à vous pour ce verdict ! », a-t-il lancé sous les applaudissements, tandis que Patrice Motsepe, président de la CAF, affichait un malaise visible.
Une finale qui dépasse le sport
Le Maroc, représenté par son chef du gouvernement Aziz Akhannouch, a choisi de ne pas participer aux discussions sportives du sommet. « Ils ont évité cette séquence », confirme une source proche du dossier. Pourtant, la tension persiste dans les coulisses diplomatiques. Interrogée après la clôture du sommet, la ministre française Eléonore Caroit a déclaré : « Je n’ai rien entendu sur le sujet et n’ai perçu aucune tension. » De son côté, Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a souligné que le litige était évoqué en bilatéral, mais pas en public.
Au-delà du football, une affaire pénale aggrave les relations. Un Français, frère d’un membre du staff sénégalais, accusé d’avoir jeté une bouteille d’eau sur les forces de l’ordre, a purgé trois mois de prison avant d’être libéré fin avril. Trois des dix-huit supporters sénégalais incarcérés ont également été libérés, tandis que les autres restent détenus en attendant une éventuelle grâce royale.
Diplomatie et football : une cohabitation tendue
Malgré les tensions, les deux pays affichent une volonté de préserver les apparences. Côté marocain, on insiste sur les « relations historiques et religieuses » qui doivent primer. À Dakar, on préfère parler de « querelle entre frères », tout en soulignant le respect mutuel. « Le Sénégal demande la même chose en retour », précise une source officielle.
Cette affaire a même eu des répercussions réglementaires. Lors du dernier congrès de la FIFA, une mesure surnommée la « loi Pape Thiaw » a été adoptée pour éviter que des joueurs ou entraîneurs n’incitent leurs équipes à quitter le terrain en signe de protestation. Une réforme directement inspirée par les événements de la finale controversée.
Entre recours judiciaires, prisonniers et tensions diplomatiques, la finale de la CAN s’annonce comme l’une des plus longues et complexes de l’histoire du football africain.
Les enjeux d’un conflit aux multiples facettes
Un contentieux sportif aux conséquences politiques
La décision du TAS pourrait avoir un impact bien au-delà du football. Si la CAF et la FRMF sont mises en cause, l’instance suisse pourrait redéfinir les règles de la justice sportive en Afrique. Une issue qui pourrait renforcer ou affaiblir la crédibilité de la CAF sur la scène continentale.
Parallèlement, les relations bilatérales entre le Sénégal et le Maroc restent sous haute surveillance. Les libérations récentes de détenus, bien que symboliques, pourraient ouvrir la voie à des négociations plus larges. Cependant, le contentieux reste vif, comme en témoignent les déclarations prudentes des deux camps.
Le football africain face à ses contradictions
Cette affaire révèle les tensions qui traversent le football africain. D’un côté, une volonté de professionnalisation et de transparence, de l’autre, des pratiques arbitrales parfois contestées. La « loi Pape Thiaw » illustre cette quête d’équilibre, mais aussi les limites d’un système encore en construction.
Alors que le Sénégal prépare les Jeux Olympiques de la jeunesse de Dakar et que le Maroc mise sur son rayonnement sportif, le contentieux Sénégal-Maroc rappelle que le football, en Afrique, ne peut ignorer les réalités politiques et diplomatiques.