La junte malienne face aux mercenaires russes : une stratégie qui a échoué
une alliance hasardeuse entre Bamako et les mercenaires russes
En 2021, les autorités maliennes ont fait un pari audacieux : s’appuyer sur des mercenaires russes pour renforcer leur sécurité intérieure. Cette décision, prise après la rupture des relations avec la France, visait à stabiliser le pays, mais elle a rapidement révélé ses limites. Plutôt que de contenir la menace terroriste, cette stratégie a aggravé les tensions et ouvert la voie à une expansion des groupes armés dans plusieurs régions du Mali.
le nord du Mali : une zone de conflits sous-estimée
Les efforts militaires se sont initialement concentrés sur les rebelles touaregs dans le Nord, notamment après la reprise en main de Kidal en novembre 2023. Pourtant, cette approche a distrait l’armée malienne de la menace croissante des groupes terroristes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Résultat : ces groupes ont profité du vide sécuritaire pour renforcer leur présence, notamment autour de Bamako, et imposer des blocus économiques paralysant les échanges avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire.
Selon l’analyste Wassim Nasr, cette focalisation sur les Touaregs a été une erreur stratégique : « Alors que l’armée malienne et ses alliés russes combattaient les rebelles dans les zones reculées du désert, le GSIM consolidait son influence autour de la capitale. Leur obsession pour reconquérir le Nord a nourri leur propagande et, surtout, affaibli leur position. »
des massacres qui alimentent la radicalisation
Les opérations militaires menées conjointement par l’armée malienne et les mercenaires ont été marquées par une brutalité extrême. Des milliers de civils, principalement des Peuls, ont été tués lors d’exécutions sommaires dans des villages comme Moura, où plus de 300 personnes ont péri en 2023. Ces exactions ont eu l’effet inverse de celui recherché : elles ont poussé une partie de la population à rejoindre les rangs du GSIM et de l’EIGS, transformant des victimes potentielles en recrues actives.
l’échec des Accords d’Alger et la reprise des combats
En janvier 2024, la junte malienne a officiellement abandonné les Accords d’Alger, signés en 2015 pour mettre fin au conflit entre Bamako et les groupes touaregs. Cette décision a relancé les hostilités, notamment à Kidal, où les forces maliennes, soutenues par les mercenaires, ont repris la ville. Pourtant, cette victoire tactique n’a pas suffi à rétablir la sécurité. Le Front de libération de l’Azawad (FLA), issu des mouvements touaregs, a riposté avec des attaques ciblées, démontrant la fragilité de la position malienne.
l’Africa Corps : un partenaire devenu encombrant
En juillet 2024, les mercenaires russes, désormais intégrés dans l’Africa Corps, ont subi un revers cuisant dans la région de Tin Zaouatine. Une embuscade tendue par des combattants touaregs a décimé leurs rangs, faisant près de 80 morts parmi les mercenaires et 50 parmi les soldats maliens. Cet épisode a marqué un tournant : l’Africa Corps, moins confiant et plus réticent à s’engager sur le terrain, a réduit ses opérations à des missions de soutien par drone.
Malgré ces revers, Bamako continue de financer l’Africa Corps à hauteur de 10 millions de dollars par mois. Une dépense qui semble de plus en plus déconnectée de la réalité : « Ils n’ont plus le choix. Ils sont encerclés et leur seule issue passe par ces mercenaires, devenus leur ultime rempart. »
une junte affaiblie, un pays sous pression
Les derniers mois de 2024 ont confirmé l’isolement du gouvernement malien. En avril, une offensive conjointe du GSIM et du FLA a permis à ces groupes de s’emparer de Kidal, tandis qu’une attaque séparée coûtait la vie au ministre de la Défense. Face à ces défaites, l’Africa Corps a recentré ses efforts sur la protection des infrastructures stratégiques, comme l’aéroport international de Bamako, plutôt que sur des opérations de contre-terrorisme.
La junte, incapable de négocier avec ses adversaires, mise désormais sur une survie à court terme. Les blocus imposés par le GSIM et l’EIGS asphyxient l’économie, tandis que la population, désillusionnée, se détourne d’un régime qui n’a su ni construire de routes ni d’écoles, mais seulement alimenter un discours de haine contre l’Occident. « Leur seul projet, c’est : “Nous haïssons la France. Nous haïssons l’Occident.” Mais cela ne nourrit pas la population, ni ne rétablit la sécurité. »
quel avenir pour le Mali ?
Avec des groupes armés contrôlant désormais des zones stratégiques et une junte aux abois, le Mali semble pris dans un engrenage sans issue. Les mercenaires russes, autrefois présentés comme une solution miracle, sont désormais perçus comme un fardeau. Pourtant, Bamako persiste à les financer, faute d’alternative crédible. Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir si la stratégie actuelle échouera, mais quand.