L’Africa corps recentre ses actions au Mali face aux défis sécuritaires

L’Africa corps recentre ses actions au Mali face aux défis sécuritaires

Après avoir succédé au groupe Wagner, l’Africa Corps, unité dépendant du ministère russe de la Défense, opère désormais une stratégie défensive au Mali. Ses effectifs, estimés à environ 2 000 hommes, se concentrent désormais près de la capitale Bamako plutôt que dans les zones septentrionales du pays. Cette réorientation vise à protéger les autorités maliennes en place tout en soutenant les forces locales par des appuis aériens et des renseignements.

Une présence réduite et plus prudente

Contrairement à ses prédécesseurs, l’Africa Corps évite désormais les engagements directs dans les régions instables du Nord. Benedict Manzin, spécialiste de l’Afrique et du Moyen-Orient, souligne cette évolution : « Ils assument un rôle plus secondaire, cherchant avant tout à éviter des pertes humaines inutiles. Leur priorité est de limiter l’exposition de leur personnel tout en infligeant des dégâts maximaux à l’ennemi. »

Ce changement stratégique fait suite à des revers majeurs subis par le groupe Wagner, notamment lors d’une embuscade tendue par le Front de libération de l’Azawad (FLA) près de Tin Zaouatine, à la frontière algérienne. Ces événements ont poussé Moscou à adapter sa politique d’engagement au Mali.

Un repli vers le centre et le sud du pays

La prise de Kidal par les forces du FLA et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) à la fin du mois d’avril a marqué un tournant. L’Africa Corps a riposté par des frappes aériennes massives contre la ville, détruisant ses infrastructures et contraignant les habitants à fuir. Ces opérations visaient à soutenir les Forces armées maliennes (FAMa), devenues la principale force terrestre dans le Nord.

Les analystes notent que Moscou privilégie désormais les ressources aériennes pour éviter de disperser ses troupes dans des zones à haut risque. Manzin précise : « Ils ne veulent pas gaspiller leurs moyens dans des petites localités du Nord où ils pourraient être neutralisés. » Cette approche inclut l’utilisation de bombes à sous-munitions, malgré l’engagement du Mali à ne pas en faire usage, conformément aux conventions internationales.

Une guerre de propagande et de drones

Depuis sa défaite à Kidal, l’Africa Corps a intensifié sa communication sur les réseaux sociaux, publiant plus de 500 articles sur Telegram et d’autres plateformes. Cette campagne vise à renforcer son image et à contrer la propagande adverse.

Parallèlement, le GSIM a adopté une tactique redoutable : des drones bombardant les bases russes. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des frappes ciblant les combattants de l’Africa Corps à Sévaré, ainsi que des dommages infligés à des aéronefs russes. En réponse, les forces pro-gouvernementales ont lancé leurs propres attaques par drones, notamment contre un dépôt de carburant du GSIM dans la région de Tombouctou.

Des convois sous haute protection

Pour contourner les blocus économiques imposés par le GSIM, l’Africa Corps escorte désormais les convois de marchandises en provenance de pays voisins comme la Côte d’Ivoire, la Guinée ou le Sénégal. Ces mesures visent à sécuriser les approvisionnements du Mali, un pays enclavé.

Malgré ces efforts, la stratégie russe au Mali suscite des interrogations. Selon Manzin, « cette approche est contre-productive. En ciblant les civils du Nord et en employant des méthodes brutales, Bamako et Moscou ont poussé les populations locales dans les bras du GSIM, renforçant ainsi son influence dans le Sahel. »

Un bilan financier lourd

Depuis la fin 2021, le gouvernement malien a investi près d’un milliard de dollars pour recruter les services de l’Africa Corps et de ses prédécesseurs. Malgré cet engagement financier, les résultats restent mitigés : le contrôle du Nord échappe toujours aux autorités, tandis que le GSIM étend son emprise, exploitant le mécontentement des populations locales.

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