Le Bénin déploie « Food Systems » pour régénérer ses sols et son agriculture
Face à l’épuisement critique des terres agricoles, une menace directe pour la sécurité alimentaire et l’économie nationale, le gouvernement béninois, avec l’appui de la FAO et du FEM, a officiellement lancé le projet « Food Systems » le vendredi 24 juillet 2026. Doté d’un budget de plus de 20 millions de dollars, ce programme ambitieux vise à restaurer les sols dégradés et à transformer durablement les filières clés du maïs et du riz d’ici 2030.
L’épuisement des sols : un défi majeur pour l’économie béninoise
L’agriculture représente le pilier fondamental de l’économie du Bénin. Elle est à l’origine de près de 70 % des emplois, contribue à 26 % du Produit Intérieur Brut et génère environ 80 % des recettes d’exportation. Cependant, ce moteur économique vital est aujourd’hui ralenti par une menace insidieuse et destructrice : la dégradation des sols.
Lors de la cérémonie de lancement du projet, qui s’est tenue le vendredi 24 juillet 2026 à l’hôtel Bénin Royal de Cotonou, M. Adin Yeton Bloukounon Goubalan, Ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, a dressé un tableau alarmant. Les terres agricoles du pays perdent progressivement leur fertilité, entraînant une chute drastique des rendements.
« Un sol appauvri conduit inévitablement à une agriculture de faible productivité, créant un cycle de précarité pour nos agriculteurs », a-t-il fermement déclaré devant un public composé d’acteurs du secteur agricole et de partenaires institutionnels.
Les chiffres corroborent la gravité de la situation. Une étude nationale révèle que plus de 5 millions de Béninois, soit près de 40 % de la population, sont directement affectés par les conséquences de la dégradation des terres. Plus préoccupant encore, environ 38 % de la superficie totale du territoire est désormais classée comme dégradée. Ce phénomène, qui réduit les rendements agricoles d’au moins 50 %, compromet l’accès des communautés rurales aux services écosystémiques essentiels comme l’eau et la nourriture, tout en aggravant le risque de pauvreté.
« Food Systems » : une stratégie globale pour l’agriculture durable au Bénin
Face à cette urgence environnementale et sociale, une intervention structurelle était impérative. C’est précisément l’objectif du projet « Systèmes alimentaires durables pour une plus grande résilience et une sécurité alimentaire et nutritionnelle au Bénin », plus communément désigné sous le nom de « Food Systems ».
Élaboré par le Gouvernement du Bénin avec l’expertise technique et le soutien financier de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), ce programme va au-delà du simple traitement des symptômes. Il vise une transformation systémique et profonde.
Son objectif central est de moderniser les politiques publiques, d’optimiser les techniques de production et d’améliorer l’accès aux marchés. Le projet cible en priorité deux cultures vivrières stratégiques, largement consommées tant en milieu rural qu’urbain : le maïs et le riz. L’ambition est de faire évoluer ces filières d’un modèle à faible productivité et à fort impact environnemental vers des systèmes intégrés, performants et générateurs de bénéfices socio-économiques durables.
Un financement conséquent pour des objectifs ambitieux en agriculture
Pour concrétiser ce virage agroécologique, des ressources financières et techniques substantielles ont été mobilisées. Le coût global de l’initiative s’élève à 20 766 207 dollars. Ce budget est le fruit d’une synergie financière tripartite, incluant une contribution de 5 966 207 dollars du Fonds pour l’Environnement Mondial et un cofinancement de 14 800 000 dollars assuré par l’État béninois en tant que contrepartie nationale.
Les actions sur le terrain, prévues jusqu’en 2030, se concentreront dans cinq communes stratégiques : Karimama, Malanville, Glazoué, Kétou et Les Aguégués.
Les retombées escomptées sont considérables pour ces territoires. Le projet permettra de restaurer 20 000 hectares de terres dégradées et de promouvoir des pratiques agricoles durables sur plus de 114 900 hectares. Sur le plan humain, l’initiative bénéficiera directement à 36 000 producteurs, tout en touchant indirectement près de 356 000 bénéficiaires finaux dans les régions concernées.
La réussite du projet : entre rigueur technique et mobilisation collective
Bien que les ambitions affichées suscitent un immense espoir pour le monde rural, les responsables du projet sont pleinement conscients des défis opérationnels à relever.
Le ministre Adin Yeton Bloukounon Goubalan a instruit les équipes techniques à faire preuve d’une grande vigilance dans le choix des technologies de restauration des sols avant tout déploiement à grande échelle. L’efficacité des méthodes appliquées sur le terrain sera déterminante pour le succès du programme.
De son côté, M. Paul-Henri Zoéwindé Bouda, Représentant résident de la FAO au Bénin, a souligné que la technologie seule ne suffirait pas sans une adhésion totale du milieu agricole :
« Le succès du projet dépendra de l’engagement collectif de tous les acteurs, des structures impliquées dans la mise en œuvre, ainsi que des bénéficiaires directs sur le terrain. »
En s’attaquant à la source du problème, la dégradation des sols, le projet « Food Systems » prépare le terrain pour une autonomie alimentaire accrue au Bénin. Si les objectifs fixés pour 2030 sont atteints, le pays pourrait non seulement sécuriser ses approvisionnements en riz et en maïs, mais également proposer un modèle de transition écologique reproductible à l’échelle de la région.