Le capitaine Ibrahim Traoré rejette la démocratie au Burkina Faso

Le capitaine Ibrahim Traoré rejette la démocratie au Burkina Faso
Portrait du capitaine Ibrahim Traoré en tenue militaire beige et béret rouge

le capitaine Ibrahim Traoré rejette la démocratie au Burkina Faso

Dans une déclaration retransmise par la télévision d’État, le capitaine Ibrahim Traoré, dirigeant du Burkina Faso depuis trois ans, a affirmé que la démocratie était une menace pour le pays et que les Burkinabè devaient l’oublier. « Les gens doivent tourner la page de la démocratie. Ce système n’est pas fait pour nous », a-t-il lancé lors d’une interview diffusée en soirée.

Ce militaire de 38 ans, se présentant comme un révolutionnaire luttant contre l’impérialisme occidental, a expliqué que la majorité des Africains ne désiraient pas ce modèle politique. Il a évoqué une approche alternative propre au Burkina Faso, sans préciser davantage sa nature.

un engagement initial abandonné

En 2023, lors de sa prise de pouvoir, Traoré avait promis un retour à l’ordre constitutionnel avant juillet 2024. Pourtant, deux mois avant cette échéance, la junte a décidé de prolonger son mandat de cinq ans, retardant ainsi tout processus démocratique.

En janvier dernier, les autorités ont également interdit tous les partis politiques, dans le cadre d’un projet visant à « reconstruire l’État ». Le capitaine Traoré a justifié cette mesure en qualifiant ces formations de sources de division et de danger pour le projet révolutionnaire en cours.

un modèle inspiré par la Libye de kadhafi ?

Pour illustrer son propos, Traoré a cité l’exemple de la Libye, pays voisin du Burkina Faso, comme modèle à éviter. Il a rappelé que le régime de Mouammar Kadhafi, bien que dirigé de manière autoritaire pendant quarante ans, avait offert à sa population des logements sociaux, une éducation et des soins gratuits. « Regardez ce qui est arrivé à la Libye après son renversement », a-t-il souligné.

Depuis la chute de Kadhafi en 2011, sous l’effet d’une intervention occidentale, la Libye est plongée dans le chaos. Le pays, désormais divisé entre deux gouvernements rivaux et contrôlé par divers groupes armés, n’a jamais réussi à organiser d’élections stables.

une vision fondée sur la souveraineté et le travail

Le chef de l’État burkinabé a détaillé sa vision d’un nouveau système politique, centré sur la souveraineté nationale, le patriotisme et la mobilisation révolutionnaire. Il a insisté sur l’importance d’intégrer les chefs traditionnels et les structures locales dans ce processus, tout en promouvant une autonomie économique et militaire.

« Nous ne cherchons pas à copier qui que ce soit. Nous voulons changer radicalement la façon dont les choses fonctionnent », a-t-il déclaré. Traoré a également mis en avant la nécessité d’un travail intense, estimant qu’une journée de six à huit heures ne suffisait pas pour permettre au Burkina Faso de rattraper son retard sur les nations plus prospères.

répression et soutien populaire

Durant son mandat, le capitaine Traoré a fait face à des accusations de répression : opposition muselée, médias contrôlés et société civile restreinte. Son gouvernement a même été pointé du doigt pour avoir envoyé des détracteurs sur les lignes de front du conflit contre les groupes islamistes.

Malgré cette gestion autoritaire, Traoré jouit d’un soutien significatif en Afrique, notamment pour sa critique acerbe de l’influence occidentale. Comme ses homologues du Mali et du Niger, il a rompu les collaborations avec les pays occidentaux, notamment la France, dans la lutte contre l’insurrection islamiste qui frappe la région depuis une décennie.

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger se sont tournés vers la Russie pour obtenir un appui militaire, mais les violences persistent sans relâche.

bilan humain et tensions persistantes

Selon un rapport récent, plus de 1 800 civils ont perdu la vie au Burkina Faso depuis 2023, année de la prise de pouvoir par Traoré. L’organisation de défense des droits humains à l’origine de ce document attribue les deux tiers de ces décès à l’armée et aux milices alliées, le reste étant imputé aux groupes armés islamistes.

Cette déclaration du capitaine Traoré survient alors que le pays fait face à une crise sécuritaire majeure et à des défis politiques sans précédent, dans un contexte où la souveraineté et l’autonomie deviennent les maîtres-mots du discours officiel.

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