Le Gabon investit 700 milliards de FCFA pour transformer sa filière avicole
Le gouvernement gabonais franchit une étape décisive dans sa quête de souveraineté alimentaire. Avec une enveloppe massive de 700 milliards de francs CFA, le pays se lance dans un programme ambitieux visant à bâtir une industrie avicole nationale robuste. L’objectif est clair : mettre fin aux importations de poulets surgelés dès le 1er janvier 2027 et porter la production locale à 125 000 tonnes de poulets de chair par an à l’horizon 2028.

Le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossi, a récemment exposé les détails de cette stratégie devant l’Assemblée nationale. Actuellement, le Gabon importe environ 65 000 tonnes de volaille chaque année pour répondre à la demande intérieure. Pour l’économiste Louis Ndong, cette transition vers une production domestique est essentielle pour stabiliser les prix et protéger le pouvoir d’achat des ménages gabonais.
Les défis d’un écosystème de production intégré
La réussite de ce virage industriel repose sur la création d’une chaîne de valeur complète. Hervais Omva, expert des filières avicoles et président de l’ONG IDRC AFRICA, souligne que le défi ne se limite pas à l’élevage. Il s’agit de structurer l’amont et l’aval de la filière. La production locale de maïs et de soja est notamment primordiale, car ces céréales constituent les trois quarts de l’alimentation animale. « Produire localement ces intrants en quantités industrielles sera l’un des piliers du succès », affirme-t-il.
Par ailleurs, l’aspect social est au cœur du projet. Alors que le Gabon fait face à un taux de chômage des jeunes oscillant entre 30 % et 38 %, le développement de cette filière doit être un moteur d’emploi. Si l’automatisation des abattoirs est une réalité technique, le modèle choisi devra s’adapter pour favoriser l’insertion professionnelle de la jeunesse locale.
Une mobilisation des investisseurs continentaux
Pour financer et accompagner cette mutation, Libreville se tourne vers le secteur privé africain. Suite à l’appel lancé par le président Brice Clotaire Oligui Nguema lors du sommet de Kigali en mai 2026, plusieurs opérateurs économiques du continent ont manifesté leur intérêt. Une banque d’investissement dédiée est déjà opérationnelle pour soutenir les projets, et les mécanismes techniques se déploient progressivement sur le terrain.
À Port-Gentil, les acteurs locaux comme G.M., qui gère un élevage de 10 000 têtes, accueillent cette nouvelle avec optimisme tout en restant lucides sur l’ampleur de la tâche. Passer d’une production artisanale à une échelle industrielle nécessite des capitaux importants et un accompagnement technique rigoureux.
Réduire la vulnérabilité face aux crises mondiales
La dépendance aux marchés extérieurs, mise en lumière par les récentes crises sanitaires et géopolitiques mondiales, a poussé le Gabon à accélérer sa politique d’autosuffisance. Avec une population majoritairement jeune (plus de 54 % des Gabonais ont moins de 26 ans), la structuration de la filière avicole n’est pas seulement un enjeu de sécurité alimentaire, mais un véritable levier de croissance économique et de stabilité sociale.