Le sexisme au Parlement de la RDC : quand les élues deviennent des cibles
Le 15 mai 2026, l’hémicycle de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo a été le théâtre d’un incident révélateur du climat hostile auquel font face les femmes politiques. Alors que la députée Micheline Mpundu achevait la lecture d’une motion d’information, le deuxième vice-président, Christophe Mboso, a publiquement commenté son apparence physique depuis le perchoir. « Merci collègue, elle est très belle… hein », a-t-il lancé devant l’assemblée.
L’incident ne s’est pas arrêté là. S’exprimant en lingala, l’élu a invité ses collègues à observer l’anatomie de la députée, mimant ses formes avec les mains tout en plaisantant sur la création divine. Ces propos, loin de susciter une désapprobation immédiate, ont été accueillis par des rires et des applaudissements nourris. La séance a repris son cours normal, illustrant une banalisation déconcertante du sexisme institutionnel. Ce n’est qu’après une vague d’indignation de la société civile et des pressions politiques que Christophe Mboso a présenté des excuses, sans toutefois faire l’objet de sanctions formelles.
Un fléau structurel au-delà des frontières congolaises
Ce cas de violence verbale n’est pas un acte isolé mais le symptôme d’un problème structurel profond. Si les vagues de démocratisation des années 1990 ont permis un afflux historique de femmes dans les parlements africains — leur nombre ayant triplé entre 1990 et 2010 — cette présence est encore perçue par certains comme une intrusion dans un domaine traditionnellement masculin. L’accès au mandat n’a pas suffi à transformer une culture institutionnelle patriarcale qui oppose une résistance farouche à la mixité réelle.
L’Union interparlementaire souligne d’ailleurs que plus de 65 % des élues mondiales subissent des agressions verbales répétées. En politique, le bilan des femmes est souvent occulté par des jugements sur leur physique, leur statut matrimonial ou leur conformité aux rôles sociaux traditionnels de mère ou d’épouse. Ce sexisme s’invite jusque sur le perchoir, transformant les institutions en espaces de contrôle social.
Des précédents alarmants sur le continent africain
La situation en République démocratique du Congo fait écho à d’autres violences subies par des parlementaires sur le continent. Au Sénégal, en 2022, la députée Amy Ndiaye avait été victime d’une agression physique en plein hémicycle. Au Nigéria, la sénatrice Natasha Akpoti-Uduagha a été suspendue en 2025 après avoir dénoncé le harcèlement sexuel exercé par le président du Sénat. Ces événements démontrent que, si la voix des femmes est tolérée, leur intégrité reste précaire dans les sphères de pouvoir africaines.
La persistance du patriarcat dans l’hémicycle congolais
En RDC, les exemples de rabaissement sont légion. En 2020, Thambwe Mwamba, alors président du Sénat, avait tenté d’humilier publiquement la sénatrice Bijoux Ngoya en évoquant des échanges privés pour suggérer des avances imaginaires. En 2021, la députée Christelle Vuanga s’était vu rétorquer un simple « Vous êtes une femme » par un collègue pour disqualifier son argumentation lors d’un débat constitutionnel.
Malgré la ratification de conventions internationales et l’adoption de lois nationales, l’écart entre les textes et la pratique demeure abyssal. Les applaudissements qui ont suivi les propos de Christophe Mboso prouvent que le système tolère, voire encourage, ces dérives. Cette « violence sémiotique » rappelle aux élues qu’aux yeux de certains, elles demeurent des corps avant d’être des législateurs.
Vers une nécessaire réforme des comportements
Aujourd’hui, les femmes ne représentent que 13 % des députés en RDC (65 sur 477), alors qu’elles constituent plus de la moitié de la population. L’impunité dont bénéficient les auteurs de propos sexistes envoie un signal dissuasif à toutes celles qui aspirent à une carrière politique.
Le changement passera nécessairement par des sanctions concrètes et une évolution de la culture parlementaire, à l’image des campagnes internationales de protection des victimes. En l’absence de mise en œuvre réelle des lois sur les violences faites aux femmes, le Parlement congolais risque de rester un espace où la démocratie est affaiblie par le sexisme ordinaire. Le silence face à de tels agissements n’est plus une option pour garantir une représentation équitable et digne au sein des institutions de la République.