Le Village de Bamboula : un scandale colonial qui continue de nous rappeler sa mémoire

Le Village de Bamboula : un scandale colonial qui continue de nous rappeler sa mémoire

Certaines pages de l’Histoire traversent les décennies sans perdre leur force. Non pas parce qu’elles appartiennent au passé, mais parce qu’elles continuent d’interroger la conscience collective. À Ouahigouya, le 16 juillet 2026, devant les populations de la région de Yaadga, le Camarade Capitaine Ibrahim Traoré a remis en lumière un épisode douloureux : le Village de Bamboula, un événement qui rappelle qu’à la fin du XXᵉ siècle encore, des êtres humains pouvaient être exposés comme des objets de curiosité.

Loin des expositions coloniales du XIXᵉ siècle, cette histoire se déroule en 1994, en France. À Port-Saint-Père, près de Nantes, un parc animalier ouvre un espace présenté comme un «village africain ». Derrière le décor construit autour de cases traditionnelles et le discours officiel d’une rencontre culturelle, se cache une réalité beaucoup plus sombre.

Vingt-cinq ressortissants notamment ivoiriens, hommes, femmes et enfants, quittent leur pays avec l’idée de participer à une expérience culturelle. Ils pensent partager leurs traditions et contribuer à faire connaître leur patrimoine.

Mais une fois sur place, la réalité prend une autre tournure. Selon les récits rapportés à l’époque, leurs documents de voyage leur sont confisqués et leurs conditions de vie deviennent progressivement incompatibles avec l’image d’un simple échange culturel.

Pendant plusieurs mois, ils vivent sous le regard des visiteurs venus observer leur quotidien dans un décor présenté comme représentatif de l’Afrique. Leur existence devient un spectacle organisé autour de représentations stéréotypées.

Des enfants grandissent éloignés du cadre scolaire normal, tandis que les adultes doivent répondre aux attentes d’un public venu découvrir une vision folklorisée de l’Afrique. Ce qui marque profondément dans cette affaire, c’est moins seulement l’existence du Village de Bamboula que la période à laquelle elle survient.

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Nous ne sommes plus à l’époque de la traite négrière ni des grandes expositions coloniales. L’événement intervient après l’abolition de l’esclavage en France, après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et plusieurs décennies après les indépendances africaines.

Pourtant, en 1994, des personnes pouvaient encore être présentées comme une attraction publique. Face aux critiques, des associations, des intellectuels et des défenseurs des droits humains dénoncent les pratiques du parc. La polémique grandit jusqu’à conduire à la fermeture du Village de Bamboula. Mais la fermeture d’un site ne suffit pas à effacer les traces laissées dans les mémoires.

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